Ménon, Platon

Auteur : Gilles Kevorkian
Editeur : Ellipses
Année : 1999

Socrate que le dieu de l’Apologie avait nommé le plus sage des hommes déclare par trois fois ignorer la nature de la vertu. Or si le plus sage des hommes l’ignore on comprend que personne d’autre ne pût la connaître. Se fiant peut-être moins au dieu qu’il ne le déclare, Socrate a également toujours cherché quelqu’un pour l’instruire : or deux fois il affirme n’avoir jamais rencontré quelqu’un qui sût ce qu’était la vertu. Malgré l’accord en effet sur la nécessité de connaître la nature de l’objet qu’on se propose d’enseigner, si triviale que Pôlos même s’en raille, tous se sont nommés maîtres alors qu’ils ignoraient ce qu’ils avaient à produire : aveugles et néanmoins se donnant pour guides. Tous ont cru qu’il suffisait de savoir parler de la vertu pour pouvoir rendre vertueux et qu’il suffisait pour savoir parler de la vertu de savoir parler. Ignorants de la vertu, et sans maîtres ni guides, les hommes n’en vaquent pas moins à leurs affaires et ne s’en soucient guère.

[Présentation de l’éditeur]

...