Le corps dans tous ses états (1)

Les Nouveaux Chemins de la connaissance
Date de diffusion : 10.09.2007
Invitée : Michela Marzano (philosophe, professeure de philosophie à Paris Descartes)


En quoi la pornographie, censée exciter le désir, l’épuise ? Pour Michela Marzano, la relation sexuelle est une alchimie qui exige un certain équilibre des sujets : interaction, acception réciproque d’un désir partagé, objectivation certes nécessaire (puisque l’autre devient « objet » de mon désir) mais sans que jamais la reconnaissance de l’autre comme personne en soit par-là étouffée. Dès lors, il faut prêter attention au petit mot bien souvent oublié dans la célèbre tirade kantienne sur la nécessité de ne « jamais traiter l’autre uniquement comme un moyen » ; tout est en effet dans l’adverbe « uniquement ». L’objectivation, donc, peut être un jeu, sur fond de subjectivité reconnue.

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Le fait est, nous dit Michela Marzano, que ce savant équilibre des sujets et des corps est rompu par la pornographie. Il y aurait ainsi lieu d’interroger le vocabulaire véhiculé par la « pornographie contemporaine » sur internet, vocabulaire censé rendre compte de l’acte sexuel par une sémantique de la destruction. C’est donc une conception spécifique de la pornographie qui nous est donnée ici à entendre ; puisqu’est qualifié de pornographique tout représentation explicite d’un acte sexuel où la richesse de cet acte est amoindrie au détriment de sa caricature mortifère. On aboutit donc au paradoxe suivant : le texte le moins dénué de pudeur, le plus « pornographique », au sens où il exhibe explicitement les parties sexuelles, par l’image ou par les mots, dès lors qu’il donne à voir la beauté, la profondeur, de l’acte sexuel, ne peut être pour cela, selon Michela Marzano, qualifié de « pornographique ». C’est donc que ce terme ne possède pas simplement une définition nominale, mais qu’il charrie des valeurs, et notamment une certaine définition de l’humain, dont il est le miroir inversé.

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