Elstir – A la recherche du temps perdu / Proust

Elstir – A la recherche du temps perdu / Proust

« Au moment où j’entrai, le créateur était en train d’achever, avec le pinceau qu’il tenait dans sa main, la forme du soleil à son coucher. Les stores étaient clos de presque tous les côtés, l’atelier était assez frais, et, sauf à un endroit où le grand jour apposait au mur sa décoration éclatante et passagère, obscur ; seule était ouverte une petite fenêtre rectangulaire encadrée de chèvrefeuilles, qui après une bande de jardin, donnait sur une avenue ; de sorte que l’atmosphère de la plus grande partie de l’atelier était sombre, transparente et compacte dans la masse, mais humide et brillante aux cassures où la sertissait la lumière, comme un bloc de cristal de roche dont une face déjà taillée et polie, çà et là, luit comme un miroir et s’irise. Tandis qu’Elstir, sur ma prière, continuait à peindre, je circulais dans ce clair-obscur, m’arrêtant devant un tableau puis devant un autre. »