L’imagination (5)

Les Nouveaux Chemins de la connaissance
Date de diffusion : 02.07.2010
Invitée : Cynthia Fleury (philosophe et psychanalyste, professeure de philosophie politique à l’American University of Paris)


Bachelard c’est un philosophe de l’enfance, donc ça n’est pas un philosophe du commencement. Le point de départ, la connaissance du premier genre, c’est l’émotion, c’est l’anthropocentrisme enfantin qui confond le monde avec le désir qu’on en a. Il n’a pas de goût pour ceux qu’il appelle les « chevaliers de la table rase » qui, comme Descartes, croient pouvoir abolir le passé et donner par-là même au savoir une origine radicale. Ceux qui le pensent, contrairement à ce qu’ils pensent, ne pensent pas vraiment. Penser, dit Bachelard, c’est assumer la déformation constante de son esprit. Bien sûr, il y a une différence entre l’illusion et la vérité, entre la science et l’image, mais ces « ruptures » – comme il dit – ne sont pas des reniements. Au contraire. L’esprit n’est pas un espace immaculé dont il serait possible d’effacer, par une décision, toutes les traces que l’expérience première y a inscrites. Le sujet pur n’existe pas. Tout le monde est souillé. On ne peut pas pasteuriser les humains, il faut laisser gouiller les microbes, sans quoi on n’arrive à rien. Etre savant, c’est aussi savoir être la limite de ses illusions perdues, et c’est dans le mouvement incessant de la rêverie, plus que dans la quête d’une certitude, qu’il faut chercher la terre natale de la connaissance.

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Extraits musicaux :
Nino Ferrer, « Le Téléphone »

Et aussi : Le Journal des Nouveaux Chemins avec Martin Legros, à propos du numéro de Philosophie Magazine consacré à Tintin (juillet 2010).