Camus et la question du terrorisme (4)

Les Nouveaux Chemins de la connaissance
Date de diffusion : 22.07.2010
Invités : Denis Salas (magistrat et essayiste) et Jean-Yves Guérin (professeur de littérature française à Paris 3)


« En ce moment on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela, la justice, je préfère ma mère. » Laissons de côté ceux qui se sont attachés à démontrer que Camus avait un inconscient colonial, ou ceux qui, n’ayant conservé, sur le fondement d’un rapport tronqué, que l’adage « Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. », ont voulu entendre une profession d’égoïsme dans la bouche de Camus. Car même si sa phrase avait été celle-là, l’intention de Camus eût été de dire, quels que soient les protagonistes, qu’une « justice » prenant le masque du terrorisme ne mérite pas qu’on la défende (comme il est dommage que Camus n’ait pas eu le temps de lutter contre l’OAS créée plus d’un an après sa mort !). Il y a plus, et mieux à dire : « ô justice, ô ma mère, s’écrie Prométhée, tu vois ce qu’on me fait souffrir » écrit Camus dans « Prométhée aux enfers » Pourquoi ? Parce que Prométhée est le fils de Thémis, déesse de la justice et de la loi… Autrement dit : l’amour est injuste, mais l’injustice de l’amour sert à combler les injustices de la justice, et en vérité, l’alternative entre la justice ou sa mère n’a, aux yeux de Camus, tout simplement pas lieu d’être, puisque ce sont des synonymes.

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Et aussi : Le Journal des Nouveaux chemins, qui reçoit cette semaine le romancier David Camus, petit-fils d’Albert Camus qu’il n’a jamais connu, sur le thème Présence d’un mort. Aujourd’hui, ils parlent de la vérité.