A propos

Philosopher est un acte simple. Plus nous nous pénétrerons de cette vérité, plus nous inclinerons à faire sortir la philosophie de l’école et à la rapprocher de la vie.
Henri Bergson

Le visiteur trouvera à terme l’ensemble des émissions réalisées dans le cadre des Nouveaux Chemins de la connaissance entre août 2007 et juillet 2011, ainsi que la totalité du Gai Savoir (diffusé chaque dimanche, de 16h à 17h sur France Culture).
Chaque émission y sera, in fine, découpée en séquences permettant d’y circuler plus aisément. Car ces émissions – tout comme les idées qu’elles manipulent – ne sont la propriété de personne ; il appartient à chacun (étudiant, professeur, auditeur, amateur ou simple passant… ) de s’en emparer et d’y butiner à l’envi, selon ses besoins ou ses intuitions.

Depuis 2007, les Nouveaux Chemins de la connaissance partent du principe qu’aucune philosophie n’est inaccessible – sinon, peut-être, à quelques érudits prisonniers de leur propre science, ou aux snobs qui font profession d’iconoclasme en déclarant fièrement qu’ils n’y comprennent rien.

L’hermétisme dont on accuse la philosophie est un faux problème. Comment un langage dont la raison d’être est de montrer ce que nous savons déjà peut-il être ésotérique ? « Parce qu’ils n’ont pas fréquenté cette vertu suprême, belle, triomphante, amoureuse, délicieuse tout ensemble et courageuse, ennemie déclarée et irréconciliable de l’aigreur, du déplaisir, de la crainte et de la contrainte, ayant pour guide la nature, pour compagnes la bonne fortune et la volupté, écrit Montaigne, ils sont allés, faibles qu’ils sont, imaginer cette sotte image triste, querelleuse, maussade, menaçante, faisant une mine renfrognée, et la placer sur un rocher, parmi les ronces, fantôme propre à effrayer les gens. » La pratique de la philosophie est un art de l’émerveillement qui repose sur la fréquentation de textes où, par une coïncidence qui n’a rien d’un miracle, se trouvent consignées les pensées qui, immanquablement, un jour ou l’autre, nous traversent et nous quittent, nous laissant en larmes.

Quelle meilleure façon d’en donner le désir que d’offrir à l’auditeur, au détour d’une lecture ou d’une discussion, un aphorisme qui lui donne le sentiment d’avoir été écrit pour lui – ou par lui ? Comment ne pas être ému quand on découvre, au hasard d’une flânerie, que les petites opinions qu’on tenait jusqu’ici pour les nôtres ont déjà été formulées, décrites, approfondies dans des textes millénaires ? Même s’il est tentant de trouver génial celui dont la parole coïncide avec nos propres pensées, une telle expérience n’est, en rien, l’affaire du narcissisme : avant d’être celles qu’on a déjà eues, les idées qu’on retrouve sous la plume d’un autre ont la saveur de ce qu’on reconnaît sans l’avoir encore éprouvé, ou de ce qu’on savait sans savoir (jusqu’à présent) qu’on le savait. Ainsi fonctionne la maïeutique, qui rend aimables nos expériences en les donnant à goûter dans l’œuvre d’un autre.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/x27falk_raphael-enthoven-presente-le-site-la-philosophie-par_school[/dailymotion]
Nous sommes, vous et moi, faits pour la philosophie. Il faut la regarder de l’extérieur pour croire qu’elle est le globish d’une élite arrogante. Chaque système (ou antisystème) de pensée est une modalité du caractère. Il y a des philosophes pour chaque moment de la vie, et chaque heure du jour (ou de la nuit).

Quand on épouse leurs paroles, quand on écoute leur musique, quand on les lit de près, avec admiration mais sans crainte ni révérence, les philosophes sont, par définition, compréhensibles. La recherche d’un langage commun à l’expert et au néophyte (ou d’une langue dont la difficulté serait tempérée par des injections de vulgarité) est un contresens. Celui qui parle simplement n’a aucun besoin de simplifier ce qu’il raconte. Quand on pense avec le cœur, quand on ne sacrifie pas ce qu’on éprouve à ce qu’on sait, quand on part de soi au lieu de parler de soi, la philosophie avance par évidences textuellement transmissibles. La philosophie est limpide, comme le vin. Elle mérite d’être servie sans ornement, ni digest, mais avec tous les soins qu’on réserve aux plats de résistance. Ce qui se conçoit bien s’énonce simplement. Il faut une langue universelle à la discipline qui prend en charge le désarroi des hommes : cette langue n’est pas un esperanto qu’on obtiendrait par emprunts et dosages, mais une musique, une poésie, une narration qui mêle tous les registres, à la façon dont un enfant prend soudain l’air sérieux. Qu’on ne s’y trompe pas : rien n’est plus difficile que la simplicité. Pour réussir à ne pas flatter les auditeurs, il faut aussi, parfois, leur tenir la main. Loin de nous l’idée de dire que tout le monde est philosophe. Nulle démagogie, ici. Mais un élitisme collectif qui, prenant appui sur l’inhumanité du monde, apprend à qui peut l’admettre qu’il ne suffit pas d’être intelligent pour ne plus être bête.

Qu’elles parlent du visage, de Marx, de Sade, de Flaubert, de Freud, d’amour ou d’Arendt, d’Edgar Morin, de Hume, de Spinoza, d’érotisme ou d’absurde, d’art contemporain, d’imagination, de mélancolie, de matière, de l’utilitarisme ou de la lune, de liberté, de détail, de rêve, de bioéthique, de bonheur, de Descartes ou de psychanalyse, de nostalgie, de bonheur ou de Victor Hugo… les émissions mêlent inlassablement le sublime et le dérisoire, ou le comique et l’abscons. Ne jamais céder sur le contenu impose, de temps en temps, de lui donner les contours les plus contemporains, non comme un gadget mais comme une chose naturelle. La philosophie est inactuelle. Elle éloigne de l’immédiat. Elle cristallise en concepts. Elle culmine en abstractions. Elle élève au-dessus de la déficience du présent en y injectant du temps long… Mais une philosophie qui ne trouverait pas son illustration dans la vie de tous les jours ne mérite pas une heure de peine. Ainsi vont les Nouveaux chemins, qui se servent du savoir comme d’une lampe de poche, qui cherchent la nouveauté dans les textes antiques et qui luttent contre le simplisme par la simplicité.

L’improvisation ne s’improvise pas. Pour épouser les zigzags d’une argumentation, ou pour conduire son auteur sur des terrains inattendus mais étrangement familiers, il faut, chaque fois, abattre en amont un considérable travail de préparation. Grâce en soit rendue à celles et ceux (réalisateurs, attachés de production, collaborateurs spécialisés, étudiants, agrégés, agrégatifs) qui ont accompagné et embelli de leur savoir ce mouvement permanent.

Merci aussi à tous les professeurs qui, abjurant leurs médailles, ont accepté de monter sur cette estrade sans chaire. A eux, à nos auditeurs, à ceux enfin qui, sous la houlette inventive d’Adèle Van Reeth, continuent aujourd’hui, avec talent, ce travail sans fin, je dédie ce site comme la preuve que nous n’avons pas bricolé dans l’éphémère, et que tout le temps passé n’était pas seulement du temps perdu.

 Un grand merci à :
– Alain Pinault, pour sa compétence, sa gentillesse et son dévouement à la cause de l’enseignement.
– Benoît Prady, dont les compétences et l’enthousiasme ont été à l’origine du projet de ce site.
– Avril Ventura, Geneviève Méric, Marion Richez, Adèle Van Reeth, sans qui l’émission n’aurait pas existé sous la forme qu’on lui connaît.
– Catherine David, dont les encouragements et l’écoute attentive m’ont permis d’éviter bien des chemins de traverse.
– David Kessler et Marc Voinchet, pour avoir eu l’idée bizarre, un beau matin, de me confier une quotidienne…

Raphaël Enthoven