Voeux…

Pour la troisième fois depuis le début du conflit, en ce début d’année 1917 on tente de se donner de bonnes raisons de croire que la fin de la guerre est proche. Les mots pour chercher à trouver dans la foi le moyen de surmonter la tristesse des deuils semblent bien faibles… Chacun à sa manière tente d’espérer. (Publié le 21 mai 2017)

Lettre de Raymond Carré de Malberg à Odile Carré de Malberg, 4 janvier 1917.

En laissant tomber dans le passé 1916 qui vous a été si dur, il semble que vous ayez rompu encore l’un des derniers liens qui vous unissaient à François.

Paris 4 janvier 1917

Ma chère Odile

Nous te remercions, ta tante et moi, d’avoir pensé à nous en ces jours de nouvel an dont ta lettre et celle de ta mère nous ont si vivement dépeint la tristesse. Ces lettres nous ont bien touchés, mais nous ne les avions pas attendues pour nous représenter tout ce qu’avait de douloureux pour vous cette entrée dans une année nouvelle. En laissant tomber dans le passé 1916 qui vous a été si dur, il semble que vous ayez rompu encore l’un des derniers liens qui vous unissaient à François. C’est une séparation de plus qui s’est ajoutée à toutes celles que vous avez déjà eu à souffrir. Mais les grandes peines de la vie sont ainsi faites qu’elles trouvent chaque jour une occasion de renaître avec une intensité nouvelle et accrue. Ces sentiments sont ceux que nous avons éprouvés nous-mêmes en ce passage du 1er janvier. Notre pensée comme la vôtre était pleine de lourds souvenirs. Et l’avenir lui-même est trop chargé d’incertitudes et de menaces pour qu’on puisse, en se tournant de son côté, retrouver dès maintenant quelque réconfort. Il faut s’armer de patience et d’espoir. Si ta jeunesse est actuellement assombrie par de cruelles épreuves, tu es du moins à l’âge où toutes les espérances restent ouvertes. Combien nous souhaitons que ta génération, que toi en particulier, voyiez bien des jours meilleurs ! Quand cet apaisement se sera accompli, la pensée de ton cher François se fera elle-même plus douce à ton cœur : si impensable que soit pour toi la perte de son appui fraternel ici-bas, tu sentiras grandir dans ton souvenir, la sereine beauté de son long sacrifice et de sa mort généreuse ; tu oublieras davantage tes propres regrets pour songer à la destinée céleste qui l’a affranchi – trop tôt pour nous, mais d’une façon radieuse pour lui – de toutes nos humaines misères, et tu te reposeras dans la confiance de sa protection d’en haut.

Que Dieu exhausse les souhaits que nous formons pour toi, ma chère Odile, et pour la consolation de tes pauvres Parents : puissent-ils être consolés par ta tendresse filiale et par les satisfactions que leur donnera ta vie à venir qui reste l’objet unique de leurs sollicitudes. En t’exprimant ces espoirs, nous t’embrassons de tout cœur et nous te redisons tous nos sentiments de profonde affection.

R. Carré de Malberg

 

 

 

 

 

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à Odile Carré de Malberg, 7 janvier 1917.

J’ai laissé passer le 1er janvier sans t’envoyer mes vœux, mais peut-on faire des souhaits de bonheur alors que l’avenir reste si noir et qu’un chagrin immense remplit nos cœurs.

Dimanche 7 janvier 1917

Ma chère Odile,

J’ai été charmée vraiment par ton aimable envoi et j’aurais bien voulu t’en remercier plus rapidement, mais tous ces jours-ci ont passé me laissant peu de loisirs ; aujourd’hui c’est de l’ambulance où je suis de garde que je t’envoie ces quelques mots, car je ne veux pas tarder plus à te dire le plaisir que m’a fait ta gentille surprise. Ce petit sac est tout à fait joli, il accompagnera fort bien le manteau violet qui constitue mon habituelle toilette de sortie cet hiver et j’ai vu avec plaisir que je pourrai même y enfermer mon ouvrage les jours où je vais passer l’après-midi chez ma Grand-Mère ou chez Charlotte. Si j’ai admiré le sac, tu n’en doutes pas, j’ai aussi su en apprécier le contenu et j’ai reconnu avec plaisir ces excellents « Forint (?) » dont tu nous avais déjà fait goûter à St Gervais et qui n’ont rien perdu de leur réputation !

Merci donc encore de tout cœur, ma chérie, pour cette charmante surprise que, malgré la tristesse constante où tu vis, tu as eu la gentille pensée de me préparer, j’en ai été bien touchée, je t’assure.
J’ai laissé passer le 1er janvier sans t’envoyer mes vœux, mais peut-on faire des souhaits de bonheur alors que l’avenir reste si noir et qu’un chagrin immense remplit nos cœurs. Ces jours de fête ont été bien tristes, même pour nous qui étions ici réunis en famille. Puisse enfin 1917 nous apporter la Victoire et la Paix, c’est là le seul souhait que l’on ose former au seuil de cette année nouvelle, le seul qui soit sur toutes les lèvres et dans tous les cœurs.
J’ai vu hier , chez Mme Bastien, ton amie Yvonne Chagui (?) qui m’a paru bien gentille et jolie et nous avons beaucoup parlé de toi ensemble…

Excuse cette lettre que je t’écris au milieu des conversations des blessés et dans une tabagie intense ce qui n’est pas fait pour nous éclaircir les idées ! Je suis toujours très contente de mon hôpital ; en ce moment je n’y vais que le matin de 8h à midi et je fais 2 après-midi de garde chaque semaine, tu vois que cela n’a rien d’excessif.

Au revoir, je t’embrasse de tout cœur, ma chérie et je pense à toi toujours beaucoup.

Élisabeth

 

 

 

 

 

 

Lettre d’Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg, 16 janvier 1917.

Chère Demoiselle je vous remercie de tout cœur de vos bonnes prières que vous avez bien voulu dire pour moi et qui me serviront beaucoup.

Foug le 16.1.1917

Ma Bien Chère Demoiselle

Je fait réponse a votre lettre qui m’a fait grand plaisir d’avoir de vos bonnes nouvelles.

Je vous remercie sincèrement de vos bons souhaites. Vous me demandez pourquoi je porte se costume. Le Costume est obligatoire pour les ouvrières de l’usine. puis nous somme obligées de monter a l’échelle pour notre travail comme nous sommes obligées de faire le travail d’homme par manque de main d’oeuvre nous devons nous habiller comme cela. Et pour la propreté du travail.

J’ai encore a vous dire que comme nous passons devant les obus rouge nous sommes obligés de passer devant les machines ou il y a des engrenages et des courroies cela évite les accidents. Mademoiselle le travail est très dur que nous faisons nous sommes très heureux le soir après avoir fini la journée. Le travail est très difficile nous devons prendre beaucoup d’attention, car si nous prêtons pas attention nous manquons de faire brûler les homme qui [calent ?] les obus. Et quand les noyaux ne sont pas régulier il faut faire refondre l’obus cela fait beaucoup de dépenses a l’usine. Ma Chère Demoiselle Je vous remercie sincèrement du petit cadeau que vous m’avez envoyé cela m’a fait bien plaisir de recevoir votre cadeau que je mettrai le dimanche pour aller à la messe. Chère Demoiselle je vous remercie de tout cœur de vos bonnes prières que vous avez bien voulu dire pour moi et qui me serviront beaucoup. Maman se joint à moi pour vous envoyez bien le bonjour. Je serai très heureuse quand vous serez de nouveau a Nancy pour allez vous voir. Car cela me fera bien plaisir de vous revoir il va y avoir 15 mois le 28 de ce mois que je ne vous ai plus revue et cela me semble bien long enfin j’espère que ce sera pour bientôt. Ce jour-là sera un bien beau jour pour moi.

Ma Chère Demoiselle
Je termine ma lettre en vous embrassant bien affectueusement.

Eugénie Gürling

Note: l’orthographe et le syntaxe ont été corrigées.

 

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