Verdun ou l’épouvante

Verdun ou l’épouvante. L’épouvante pour André, médecin confronté aux souffrances provoquées par les  éléments destructeurs qui font rage.  L’épouvante pour Elisabeth qui le sait au coeur de la monstrueuse canonnade. Face à cela comment penser survivre? Comment  imaginer encore conserver de l’espoir? (Mise en ligne le 14 septembre 2015)

Explosion sur le champ de bataille (photographie conservée par André Jacquelin, (lieu et date inconnus) Explosion sur le champ de bataille (photographie conservée par André Jacquelin, lieu et date inconnus).

Lettre d’André Jacquelin à Elisabeth Carré de Malberg,17 avril 1916

…à 4 heures de l’après-midi. Je suis toujours en bonne santé.

Le 17 Avril 1916 à 4 heures de l’après-midi. Je suis toujours en bonne santé. Il pleut et, malgré cela, les éléments destructeurs font rage, mais j’aime mieux ne rien vous dire de cela – Conservons, l’un et l’autre, l’espoir.

A Jacquelin

Carte d'André Jacquelin à Elisabeth Carré de Malberg, 17 avril 1916 Carte d’André Jacquelin à Elisabeth Carré de Malberg, 17 avril 1916

 

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 18 avril 1916

On a trop dit toute l’horreur de ces combats autour de Verdun et de penser que vous y êtes maintenant mêlé, m’épouvante.

18 avril 1916

Après une longue attente de 8 jours et bien des moments d’inquiétude, j’ai reçu hier en même temps votre carte du 11 et votre lettre du 19. – Je me résigne mal à ces lenteurs de la poste, alors que je suis si anxieuse et bien impatiente de vos nouvelles.

– Je vous l’avoue, depuis le jour où vous m’avez annoncé votre arrivée à Ligny et où j’ai compris vers quels lieux vous alliez être dirigé, je suis très émue… On a trop dit toute l’horreur de ces combats autour de Verdun et de penser que vous y êtes maintenant mêlé, m’épouvante. –

Mais hier votre lettre m’a fait du bien. Malgré la gravité tragique de l’heure et tous les dangers qui vous menacent, vous me montrez que vous êtes si calme, si confiant et votre écriture elle-même révèle cette tranquilité d’esprit. Je vous admire et je ne puis plus que suivre votre exemple : avoir confiance avec vous et comme vous…

Je veux espérer et croire en cet avenir meilleur dont vous parlez. Je crois que vous me reviendrez et qu’un jour se réalisera notre rêve. Je songe à la douceur de l’amour et à la douceur de cette vie à deux que nous nous créerons et que nous vivrons côte à côte, sans que rien ne puisse plus nous séparer; vous serez tout à votre travail et moi je serai préoccupée seulement de vous faciliter ce travail et de vous rendre heureux…

– Il a fait un temps affreux toute cette semaine. J’espérais qu’à cause de cela les allemands resteraient un peu tranquilles… mais, tout à l’heure, j’ai lu un communiqué où il est beaucoup question d’une forte attaque qui aurait eu lieu justement là où j’ai compris que vous êtes… J’ai frémi un peu, j’ai pensé avec angoisse aux heures atroces que vous avez sans doute vécues sous le bombardement intense et à toutes les horribles choses que vous aurez vues, mais la confiance que vous avez réussi n’a pas été entamée… J’attends la carte où quelques lignes de la petite écriture que j’aime tant me diront que vous êtes vivant… Cette carte me viendra dans seulement 3 ou 4 jours, peut-être seulement 7 ou 8, mais elle viendra…

Surtout tous ces jours d’inquiétude je pense beaucoup à votre mère : les mêmes anxiétés nous étreignent, les mêmes espoirs nous unissent, mais je voudrais que vous ne lui ayez pas dit où vous êtes…

Quand cette lettre vous atteindra-t-elle et où ? Je l’espère, loin de l’affreux champ de bataille, mais elle vous dira au moins qu’aux heures difficiles, j’étais de toute ma pensée et de tout mon cœur avec vous.
E.CM

Champ de bataille. Photographie conservée par André Jacquelin (date et lieu inconnus) Champ de bataille. Photographie conservée par André Jacquelin (date et lieu inconnus)

Lettre d’André Jacquelin à Elisabeth Carré de Malberg, 21 avril 1916

… dans les tranchées qu’ils attaquent, il n’y a presque plus pour les repousser que des blessés et des morts.

21 avril 1916 –

Mademoiselle,

Encore deux journées très dures de passées – aujourd’hui, calme – Cette nuit 3 compagnies de régiment ont contre-attaqué, repris le terrain perdu l’avant-veille par d’autres, et libéré les prisonniers faits alors par les Boches, parmi lesquels se trouvaient des brancardiers et un confrère privés d’eau pendant près de 50 heures – Vous dire la joie délirante de la délivrance de ces malheureux serait impossible ; ils étaient une quarantaine mais au prix de quels sacrifices les Boches sont-ils contenus ! Toute leur force réside dans la formidable artillerie qu’ils ont concentrée ici, et dont l’œuvre est telle que parfois, dans les tranchées qu’ils attaquent, il n’y a presque plus pour les repousser que des blessés et des morts.

Quand, ô quand finira donc cette tuerie sur place ! Les effectifs fondent ici avec une rapidité qui fait frémir.

Mon meilleur et toujours respectueux souvenir.

A Jacquelin

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 23 avril 1916

J’attends très anxieusement

Pâques – 23 avril 1916

Nous partons demain pour Paris et ce départ me navre, car je vais ainsi rester encore plus longtemps sans nouvelles de vous. – Voulez-vous m’écrire 14 rue Margueritte dès que vous le pourrez… Reçu hier votre carte du 17 ; je pensais bien que l’attaque de ce jour-là signalée au communiqué avait du être pour vous ! Et que c’est-il encore passé après 4 heures du soir ? J’attends très anxieusement

E. C de Malberg

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  1. Les greniers des français, voire les tiroirs regorgent de cartes, et correspondances de poilus! Parfois en refaisant un vieux planchers, on retrouve des lettres du style, de votre exposé! On retrouve même des croix de guerre 14/18, jetées dans un coin, de la maison! Les poilus survivants, n’ étaient pas des vantards, ou des m’as tu vu…

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