Ruses de guerre

Si la famille Carré de Malberg s’inquiète pour son héros François, Elisabeth a un autre sujet de préoccupation: Pierre Chenest. Cet amour (qui ne semble que peu partagé) doit rester secret et elle développe, avec sa cousine Odile, toute une série de ruses pour échanger des informations.

Pierre Chenest, départ pour le front Pierre Chenest, départ pour le front

Pour comprendre la complexité de la correspondance par ricochet entre Elisabeth Carré de Malberg et Pierre Chenest via Odile Carré de Malberg[1], il faut faire un petit détour généalogique. En 1859, Auguste Adam (1828-1901) épouse en première noce Cécile RENCKER (1834-1860). Ils ont une fille   Camille Marie Madeleine ADAM qui épouse en 1883 Georges Chenest. Quatre enfants naîtront de cette union  Madeleine, Jean, Pierre et Georges (dit géo). Auguste Adam, après la mort de Cécile en 1860, se remarie en 1867 avec Gabrielle Laure Chastelain dont il a une fille Hélène Adam. Cette dernière se marie avec  Félix Carré de Malberg. François et Odile sont leurs enfants, ils  sont donc « cousins » avec les Chenest… contrairement à Elisabeth.
Avant la guerre, les familles Chenest et Carré de Malberg sont très liées, ils passent des vacances ensemble en Alsace et  Elisabeth tombe secrètement amoureuse de Pierre. Il est mobilisé au 176 RI. N’ayant pas de lien de parenté direct avec lui, elle a peu de raisons de recevoir officiellement de ses nouvelles et, surveillée par son père Raymond, elle ne doit pas montrer plus d’inquiétude que ce que de simples liens amicaux autorisent. Odile est dans le secret ; elle devient la messagère idéale pour Elisabeth. Elle lui recopie les lettres que ses parents reçoivent de Pierre, les lui envoie discrètement à l’ambulance de Caen, cache des messages dans la doublure des enveloppes… D’une manière très romantique Elisabeth décide, comme dans les romans courtois, d’utiliser des noms empruntés au Tasse et à l’Astrée d’Honoré d’Urfé : Amyntas (Pierre), Bellinde (Elisabeth), Dorine (Odile) et Alcée (Colonna, officier dont Odile semble être éprise…).
Se superposent trois types de correspondances[2] entre les deux jeunes filles:
– Les lettres officielles envoyées 2 rue du XXème siècle à Caen.
– Les lettres secrètes envoyées à l’ambulance du lycée Malherbe de Caen où Elisabeth est infirmière.
– Les petits papiers  cachés dans la doublure des lettres officielles.


[1] Les lettres de Pierre étaient parfois déjà recopiées par Madeleine Chenest, avant d’être envoyées à Odile.
[2] Ces différents types induisent des temporalités différentes, des redites et des effets d’annonce de certains évènements très à retardement…

Carte postale envoyée par Odile Carré de Malberg à Elisabeth Carré de Malberg 2 rue du XXème siècle à Caen (lettre officielle)

 

Dieu sait combien de temps nous resterons encore séparés les uns des autres avec cette terrible guerre…

9 octobre 1914

Ma chère Elisabeth
Puisque ta mère m’invite si aimablement à venir à Caen, c’est avec une grande joie que je viendrai. Dieu sait combien de temps nous resterons encore séparés les uns des autres avec cette terrible guerre c’est pourquoi je suis ravie de profiter de l’occasion de vous voir. Mais ce sera en pensionnaire et non en invitée que j’irai chez vous. Je compte partir lundi prochain 12 octobre, le matin pour arriver vers 11h je crois. A bientôt donc. Je vous embrasse tous très affectueusement.
Odile


Lettre d’Odile Carré de Malberg envoyée à Elisabeth Carré de Malberg à l’ambulance du Lycée Malherbe de Caen (lettre secrète)

Tu vas vivre un instant l’existence aventureuse de celui qui occupe tes pensées tu éprouveras ses impressions guerrières et les émotions angoissantes qu’il a ressenties et tu sauras en même temps qu’il est en vie et qu’il se porte à merveille.

Flers 29 octobre 1914

Ma chère Elisabeth,
Voilà de quoi grossir ton « trésor ». Tu vas pouvoir t’en donner à cœur joie, mais ne vas pas tomber en catalepsie en lisant cela car ce serait d’un fâcheux effet aux yeux de tes blessés noirs !
Ah ma petite cousine chérie je suis heureuse, ravie même de pouvoir te procurer un plaisir délicieux exquis ineffable peut-être. Tu vas vivre un instant l’existence aventureuse de celui qui occupe tes pensées tu éprouveras ses impressions guerrières et les émotions angoissantes qu’il a ressenties et tu sauras en même temps qu’il est en vie et qu’il se porte à merveille.
Je t’ai copié la lettre intégralement sans omettre même les parties du commencement peu intéressantes où il reproche à sa mère la façon dont elle envoie ses paquets qui n’arrivent jamais. Je pense qu’il les a reçus maintenant car Mad[1] m’écrit qu’elles ont reçu une seconde lettre de lui accusant réception des envois. Ainsi tranquillise-toi, le maître de tes pensées est bien nourri.
J’aurais voulu t’envoyer la copie même de l’original faite par Mad mais cette dernière me prie de renvoyer la lettre le plus vite possible. Je ne pouvais donc la faire voyager à Caen avant de la réexpédier car c’eut été trop long. J’ai donc pris le parti de la copier car j’ai pensé que tu aurais plaisir à la garder.
Je trépigne d’envie et de jalousie en lisant tout cela et ne sais plus quoi inventer pour faire partir Maman et Grand-mère qui sont vissées ici in aeternam.
Papa nous écrit qu’il a fait la connaissance de Mr Briand[2] avec lequel il s’est presque disputé. François est à Belfort pour 8 jours. Jean est revenu de son expédition du midi.

Quel malheur que tu ne puisses rien dire de tout cela à ta mère mais je ne puis vraiment envoyer cette lettre chez vous car elle est trop compromettante pour toi : et glisser un volume pareil dans la doublure de l’enveloppe c’est trop gros.

Merci encore de ta bonne lettre si affectueuse.

J’espère que tu dors maintenant cousine chérie en songeant que je prie beaucoup pour la réalisation de ton bonheur et pour qu’il revienne sain et sauf glorieux et amoureux aussi.

En lisant sa lettre il y a quelque chose qui m’a choquée et qui a également choqué Maman. Je voudrais que tu découvres toi-même cette chose pour voir si elle te frappera. Par exemple il faut que tu juges cela impartialement sans être aveuglée par les flèches acérées d’un certain petit ange…..
Je te laisse à cette lecture charmante et t’embrasse bien bien tendrement.
Ta cousine affectionnée.
                                   Odile

Ne parle à personne de cette copie de lettre je ne l’ai pas écrit à Mad et rien dit à Maman


[1] Mad : Madeleine Chenest sœur de Pierre.
[2] Il s’agit peut être d’Aristide Briand.

Lettre de Pierre Chenest à sa mère  recopiée par Odile Carré de Malberg pour Elisabeth Carré de Malberg et contenue dans la lettre du 29 octobre 1914 

C’était effrayant. C’est ce jour-là que mon capitaine et mon lieutenant ont été tués.

Ma chère Maman, je prends mon crayon avec l’intention de t’écrire une longue lettre. C’est bien n’est-ce pas ?… Comme je te l’ai dit, je reçois parfaitement vos lettres ; mais qu’est-ce que c’est que cette idée de marquer « Nantes »  sur l’adresse ? Je ne reçois jamais tes lettres qu’après 10 jours environ, ce n’est pas très malin. Du moment que je te donne une adresse, tu n’as pas à en changer. Je connais tout de même mieux mon adresse que toi ! Les lettres adressées comme je le dis mettent 4 ou 5 jours, voilà le résultat. Quand au chocolat naturellement il a filé sur Nantes et je ne l’ai pas encore : or les paquets adressés directement vont plus vite que les lettres ! vous comprenez qu’au dépôt ils ne se dépêchent pas de réexpédier les colis. J’espère que cela vous servira d’exemple et  qu’a l’avenir vous ferez comme je vous le dis. Cela me fiche en colère de voir que mes soldats reçoivent tous les paquets qu’on leur envoie en 4 ou 5 jours et que moi je ne reçois rien parce que vous ne voulez en faire qu’à votre tête. J’espère tout de même que le reste des commissions est parti. Vous écoutez tous les racontars des cuisinières et c’est parfait ; en attendant c’est moi qui en pâtis ! Ce n’est pas très gai ! Le paquet « non recommandé » ce n’est pas non plus très malin ; j’ai souligné un nombre incalculable de fois le mot « recommandé » c’est comme si j’avais chanté. Maintenant passons à une autre question. Il m’est difficile de te raconter en détail tout ce que je fais, c’est très monotone. Je suis arrivé à point pour prendre part à la bataille de la Marne il y a un peu plus d’1 mois et ½. Nous fûmes copieusement arrosés d’obus de tous calibres. C’était un peu abrutissant au début. La 1ère fois que j’ai fait connaissance avec ces engins c’était un soir en amenant au 91° un contingent d’hommes. Parti en avant pour trouver le chef de bataillon je suis tombé dans un village en flammes. Tout autour sifflèrent les obus. J’étais un peu abasourdi !  Après ça a été la poursuite. Ils fichaient le camp si vite que l’on s’attendait à une fin de guerre prochaine. Dans leur fuite, ils ont tout saccagé. J’ai traversé un village dont il ne restait plus une maison, seules les cheminées subsistaient, le reste était brûlé. C’était assez curieux ! On aurait dit des ruines romaines avec des colonnes. Depuis ils ont eu le temps de se retrancher et depuis 1 mois nous sommes en face d’eux. D’abord j’ai occupé des tranchées à 3 ou 400 m d’eux de sorte que l’on recevait surtout des obus. Mais quelle grêle ! Voici des chiffres. Le 30 septembre nous avons reçu de 7 à 9h½  357 obus et de midi à 3 heures : 1100 obus.

C’était effrayant. C’est ce jour-là que mon capitaine et mon lieutenant ont été tués.

On n’a qu’à se tenir dans ses tranchées et à faire le gros dos. Dans les intervalles nous étions relativement tranquilles. Nous sommes restés 16 jours dans une tranchée humide : on n’avait pas chaud. Mais depuis cela a été un autre genre d’exercice. J’ai occupé 13 jours en plein bois des tranchées à 50 ou 60 m des Allemands.
Là on ne craignait plus les obus, mais pas un instant de tranquillité ! Il fallait rester dans ses tranchées aussitôt qu’une tête se montrait une grêle de balles. Le jour encore cela allait, on voyait devant soi mais la nuit c’était dur. Une nuit noire. On ne voyait pas à 2 mètres… Il fallait être l’oreille tendue, je te garantis ! on était à l’aguet, écoutant si on n’entendait pas des branches craquer ; de temps en temps c’était une bombe ou bien une fumée verte éclairant tout le bois comme un grand feu de Bengale. A d’autres moments une vive fusillade principalement des mitrailleuses, balayant les tranchées. Quand je voulais me reposer j’étais tout à coup réveillé par un de mes veilleurs arrivant affolé me dire : « Mon lieutenant, ça craque à droite ! » ou bien « Ils montent ». Alors toute la section debout, écoutant retenant sa respiration… De temps en temps dans le doute, je faisais exécuter une salve : impossible de viser dans cette nuit ! Alors je faisais tirer bas à 30m.
Et 1 heure de nouveau le silence pendant quelque temps interrompu toutes les 5 minutes par les coups de feu des sentinelles allemandes.
C’était exaspérant ! Un jour nous avons eu une chaude alerte ! Subitement une grêle de balles de mitrailleuse. Cela fait l’effet d’une faucheuse qui faucherait tout ! Il n’y a qu’à baisser la tête ; pendant ce temps en général, ils n’attaquent pas. Mais ce jour là, un de nos veilleurs regardant me crie : « Ils étaient à 20 mètres ! ». Cela n’a pas été long, pendant 5 minutes cela a crépité !
On nous a relevés avant-hier soir. Il était temps, j’étais vanné ! Surtout au moral. On était exaspérés. Les derniers jours du reste on sentait une attaque proche. Les fusillades étaient plus nombreuses et beaucoup mieux dirigées : on sentait une chose qui vous enveloppait et se resserrait : c’était très fatiguant ! Par-dessus cela une diarrhée terrible !
Heureusement qu’on nous a relevés mais dans 2 ou 3 jours il va falloir recommencer et cela durera encore un temps impossible à apprécier : c’est nous qui bougerons les derniers.  Ils ont tous les culots ! L’autre jour un officier allemand est sorti de sa tranchée face à une compagnie voisine, en agitant une lettre et disant en bon français ! « Braves français voici une lettre pour vous ». Le chef de section lui a désigné l’endroit où il devait déposer sa lettre ; il y avait dessus : « Braves Français, nous avons reçu un grand renfort d’hommes et de canons rendez-vous, il ne vous sera fait aucun mal ! » Naturellement on n’a pas répondu c’est à ne pas y croire et pourtant c’est véridique. Ils ont du reste toutes sortes de ruses, il serait trop long de les énumérer du reste François a dû t’en raconter pas mal. C’est à peu près tout ce que j’ai d’intéressant à te raconter. Mets tes lunettes et tâche de me lire tu auras sûrement du travail, mais avec un crayon on n’écrit pas très bien. Je pense que dans ma prochaine lettre je t’accuserai réception de tes paquets mais je trouve qu’ils sont longs. Ils arriveront sûrement mais avec du retard à cause de ta fâcheuse idée.
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Dans les tranchées la seule consolation et le seul plaisir qu’on ait c’est de manger. Alors quand on n’a rien ou quand on a des choses qui vous dégoûtent, ce n’est pas gai du tout ! C’est une chose qu’on ne peut comprendre quand on n’y est pas. Je pense que du moment que je te le dis, tu le comprendras.
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Lettre d’Odile Carré de Malberg à Elisabeth Carré de Malberg, début Novembre 1914 (lettre secrète)

On m’a vacciné il y a 2 jours et cela me chatouille terriblement.

Louchoupeth chérie
Voici la suite du document hautement intéressant pour toi que je t’envoie. J’ai réussi à le copier en vitesse tandis que Maman et Grand-Mère sont très occupées par des tricots. Sais-tu que j’ai beaucoup de mérite à entretenir cette correspondance cachée avec toi car vu l’exigüité de notre logement je ne peux être seule nulle part et me livrer tranquillement à mes écritures compromettantes sans craindre tous les instants que l’œil perçant de mes pères ne vienne se poser sur mon travail. Pourtant l’autre jour Maman m’a demandé si je n’allais t’envoyer la lettre de Pierre ! Je lui ai répondu évasivement ne voulant rien trahir. Je serai peut-être obligée de le faire une fois si l’on me découvre mais soit sûre que ce sera sans compromission de ta personne aux yeux de ta Mère, en tout cas je ferai mon possible pour que la divulgation du secret ne se borne qu’à Maman et cette dernière n’est pas dangereuse n’est-ce pas.
Je t’envoie donc la suite qui n’est pas encore la fin comme tu pourras le voir. Pierre promet encore beaucoup de choses à la fin de sa lettre dès que je les aurai entre les mains je t’en enverrai la copie fidèle. Tu vois petite cousine que je tiens mes promesses de servir tes intérêts mais vois-tu je serais heureuse aussi de recevoir un mot de toi car je ne sais pas encore si tu as reçu la 1ère partie du document ou si tu l’as reçu quelle joie cela t’a fait ?

Nous partons bientôt je pense pour Paris. Quelle chance ! Sais-tu ce que cette maline Madeleine a inventé pour me compromettre tout à fait. C’est de m’envoyer une carte postale avec la signature et la respectueuse sympathie de Colonna qui ressemble paraît-il au dieu Mars dans son uniforme nouveau modèle. (Je vois cela d’ici) Et dire que Mad l’a contemplé 3 fois et que je n’y étais pas !… C’est Maman elle-même qui m’a remis cette carte sans l’avoir lue heureusement car sans cela quelle histoire !….

Baisers très affectueux de ta cousine qui t’aime tendrement. Odile

On m’a vacciné il y a 2 jours et cela me chatouille terriblement.
(ajout dans la partie droite de la lettre) Tu verras que ton cher lieutenant y a échappé belle avec sa balle dans sa poche.

Lettre de Pierre Chenest à sa mère,  recopiée par Odile Carré de Malberg pour Elisabeth Carré de Malberg et contenue dans la lettre de début novembre 1914

C’est là que j’ai reçu une balle qui a déchiré ma poche et s’est écrasée sur mon révolver : je la garde.  

2 novembre

Très heureuse surprise ma chère Maman en ouvrant un des paquets reçus : une noix de jambon et du pâté de foie : c’est très bien. Comme je te l’ai dit, j’ai pour le moment assez de chocolat. Inutile donc d’en envoyer avant quelque temps. Je n’en aurai pas besoin avant une quinzaine. Je recevrai plus volontiers pour le moment des envois dans le genre de la noix de jambon. Je t’ai du reste demandé du saucisson de Lyon. Reçu également un couteau, une flanelle, un briquet, une gourde. Tu vois que tout arrive plus ou moins régulièrement mais cela arrive : et pas par Nantes. A la poste ils bafouillent. Rien de bien transcendant à te raconter depuis ma dernière lettre : comme je te l’ai dit notre dernier repos s’est trouvé abrégé, un régiment s’étant laissé surprendre dans ses tranchées pendant la nuit. L’ennemi s’est glissé entre deux sections et a occupé des tranchées de 2° ligne, alors que le brave régiment roupillait dans celle de 1ère ligne. Ça a été le réveil en musique : grand leitmotiv de mitrailleuses ; ils ont payé cher leur sommeil. Beaucoup l’ont continué pour longtemps. Résultat : on a perdu une centaine de mètres. Appel au 91ème. Un bataillon a essayé inutilement de reprendre ce qui avait été perdu ; le reste du 91ème a donc suivi et une partie a été reprise. Ceci se passait il y a 11 jours : nous avons essuyé ce jour-là le plus beau feu de mitrailleuses que j’aie vu : pendant 1h1/2 nous avons été obligés de nous tenir nez contre terre, toutes les branches étaient fauchées à 35 mètres du sol, sans dommage ; reçu ordre par la suite d’occuper une tranchée de 2ème ligne.

J’y suis resté 2 jours ! C’est là que j’ai reçu une balle qui a déchiré ma poche et s’est écrasée sur mon révolver : je la garde. Dans la nuit le régiment a été porté sur un autre point, toujours dans la forêt : on m’a oublié de sorte que pendant 1 jour j’ai été livré à moi-même. Il y a 6 jours occupation de nouvelles tranchées de 1ère ligne, un peu plus loin des Allemands à 200 mètres ; mais surplombés par eux : nous avons ainsi perdu plusieurs hommes. Il a fallu créer des boyaux de communication dans la roche, sans cela on aurait tous été fusillés comme des pipes à la foire pour traverser un espace découvert de 3 mètres au pas de course, j’ai entendu claquer les balles ; je dis « claquer » car à petite distance, les balles ne sifflent pas, elles claquent ; elles ont l’air d’éclater, c’est ce qui fait croire qu’ils se servent de balles explosives, mais c’est faux.

Je crois qu’on les a embêtés pas mal : on leur a descendu quelques types à la fin ils étaient plus prudents, avec cela, ils ont ramassé une tape à notre droite. Ils ont dû déménager leurs gros canons eux qui tiraient à tort et à travers, se terraient aussi, nos 65 et nos 75 s’en sont-ls donnés à cœur joie ! Ils ne devaient pas être fiers dans leurs tranchées ! Hier au soir enfin à minuit relevés et reportés au repos à 8 kilomètres en arrière, d’où je t’écris… Pour combien de temps ?… 4 ou 5 jours j’espère à moins qu’un régiment de pionceurs ne se fassent encore surprendre. Je t’enverrai prochainement une copie d’interrogatoires de prisonniers et surtout de copies de journaux de sous-officiers et officiers allemands, d’autant plus intéressants qu’ils relatent des événements auxquels j’ai pris part.

Mention très bien pour l’envoi du jambon ; continuez. Pendant 12 à 15 jours, pas d’envoi de chocolat ; j’en ai suffisamment. Tu pourras de temps en temps renvoyer une noix de jambon. Très bien !

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