Projets de vacances à Saint Gervais

André veut encore croire  qu’il va parvenir à aller avec sa mère Caroline et son demi-frère Henri à Saint Gervais retrouver Elisabeth.  Le passage de Félix et d’Hélène Carré de Malberg au Rozay complique les choses, sa permission recule au fur et à mesure que le temps passe… Le front est toujours calme et l’été pourri. (Publié le 18 septembre 2018)

arré de Malberg (Tatane) à Saint Gervais, août 1917. Marie Carré de Malberg (Tatane) à Saint Gervais, août 1917.

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 3 août 1917.

De Bondy il a vu toute la défense par les avions français et il a dit que c’était admirable de voir comme elle était bien assurée.

3 août 1917

Ma bien chère Maman,

Je ne t’ai pas écrit hier ayant assez longuement écrit à Henri dont je t’enverrai la lettre que j’ai reçue précisément hier. Il me demandait dans cette lettre si je ne croyais pas que soit excessif son désir de nous accompagner à St Gervais. J’ai pensé que le mieux était de sonder Melle Elisabeth à ce sujet et je lui ai immédiatement écrit hier à ce sujet. Maintenant, aujourd’hui, voici que le bruit circule que le cours de nos permissions serait un peu ralenti parce que nous nous trouvons en avance sur les deux autres régiments de la division. Je ne sais si cette nouvelle est exacte, et si elle l’est, dans quelle mesure je me trouverais retardé, mais je pense que ce retard de toute manière ne pourrait excéder 1 semaine ou deux au plus.

Je tiens seulement à te prévenir de cela, comme j’en ai prévenu Henri, dans le cas où il voudrait faire modifier sa permission ; je crois que le mieux est que tu fasses tes petits préparatifs comme si rien ne devait être changé, et de m’attendre tranquillement au cas où le retard se produirait. Bien entendu je t’aviserai de mon arrivée et du jour des trains à retenir, de la manière que nous avons convenue. Mon médecin auxiliaire vient de rentrer aujourd’hui de permission ; il m’a raconté toute l’alerte parisienne contre les avions allemands. De Bondy il a vu toute la défense par les avions français et il a dit que c’était admirable de voir comme elle était bien assurée. C’est un charmant garçon ; il est fils de libraire et figure-toi qu’il m’a dit que par son père il pouvait me procurer tous les livres médicaux ou non avec une réduction de 30 à 35% – ce qui est fort appréciable ; par conséquent n’achète plus de livres et attends que je recoure à son canal pour me les procurer.

Ici, depuis plusieurs jours tombe une pluie abondante et, je vois sur les communiqués que l’offensive franco-anglaise[1] est gênée par les mêmes intempéries : il semble que le vieux Gott allemand n’abandonne pas son peuple. Quelle déveine constante nous avons pour nos offensives ! quoiqu’il en soit par ce mauvais temps, de notre côté le canon ne tonne plus du tout, mais les boyaux ne sont pas positivement très propres. Les infirmiers s’arrangent à cause de cela pour ne toucher le ravitaillement qu’une fois par jour, et ils s’arrangent pour faire eux-mêmes la cuisine ; ils la font très bien et m’ont fait hier goûter hier des frites qui étaient vraiment excellentes.
Ils ont fabriqué avec du gros fil de fer, une grille pour préparer sur la braise des bifteacks (sic), et du pain grillé, et aussi une petite passoire pour extraire de la friture bouillante les frites dorées. Leur ingéniosité est vraiment très curieuse à observer, je t’assure, et je m’y amuse souvent.
Mon moral est excellent, et demain je t’écrirai ce que je lis et mes travaux médicaux.
Mille bons baisers de ton grand fils
André

J’ai bien reçu ta lettre hier merci de tout coeur

[1] Il s’agit de l’offensive dans les Flandres d’août 1917.

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 4 août 1917.

Je n’ai pas eu à soigner de nouveaux blessés ; calme complet. On lit, on travaille, on ne s’en fait pas.

4 août 1917

Ma chère Maman,

Merci de ta petite lettre écrite au crayon ; surtout, si tu es davantage pressée pendant le mois de vacances où beaucoup de dames sont sans doute absentes, ne m’écris que quelques lignes ; et surtout ne te fatigue pas trop de manière à mieux supporter les fatigues de notre voyage (fatigues peu considérables mais qu’il ne faut pas négliger.)

Je viens de recevoir d’Elisabeth une longue lettre où elle me dit que ses parents ont accepté de grand cœur mon désir d’aller à St Gervais avec toi ; ils ont chargé Elisabeth de me dire combien ils seront heureux de me voir et de faire ta connaissance. Mais il paraît que l’oncle et la tante d’Elisabeth vont passer 17 jours environ entre le 15 août et le 15 septembre ; alors elle me demande de venir, si possible, que le 5 septembre, parce que nous serons beaucoup plus tranquilles et plus heureux car cet oncle et tante ont perdu leur fils dans la Somme l’an dernier, et c’est pour célébrer et aussi adoucir leur pensée de ce deuil, au moment de son anniversaire qu’ils iront à St Gervais.

Je crois donc également en effet que cette pensée d’Elisabeth est très juste et que nous tirerons bien meilleur parti de ma permission lorsqu’elle sera seule avec ses parents…

D’ailleurs aussi il est probable que comme je te l’ai dit, les permissions seront un peu retardées et que mon tour normal ne reviendra qu’à ce moment, peut-être plus tard encore (mais espérons que non). Je te reparlerai encore de cela et plus longuement.

Je suis en ce moment occupé à lire « Deuxième Amour » de Paul Bourget[1] dans le nouveau magazine que tu m’avais envoyé il y a déjà un certain temps. Comme ce roman est bien écrit et bien observé ! Sa lecture me captive et me charme et je la poursuis sans pouvoir m’en détacher. Je te dirai mon impression dès qu’elle sera terminée.

Le temps n’est toujours pas très fameux mais le soleil luit par instants et la pluie est moins abondante. Je n’ai pas eu à soigner de nouveaux blessés ; calme complet. On lit, on travaille, on ne s’en fait pas. Ma chère petite Mère, je t’embrasse de tout cœur ; ton grand fils

André

[1] Nouvelle parue dans L’Irréparable (Deuxième Amour – Profils Perdus).

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 5 août 1917.

Je choisis toujours mon personnel parmi les pères de famille.

5 août 1917

Ma chère petite Mère,

Je t’ai parlé hier de la lettre d’Elisabeth, lettre où elle me demandait si je pouvais retarder mon arrivée à St Gervais jusqu’au 5 septembre. Je crois que cette date correspondra assez bien avec le petit retard que l’on prévoit dans les permissions (elles avaient marché un peu vite, alors pour qu’il n’y ait pas trop d’injustice entre les régiments, on va les ralentir un peu.) Et puis il me semble que nous serons beaucoup plus tranquilles pour voir Elisabeth et ses parents s’ils sont seuls ; enfin le mois de septembre est encore plus agréable que le mois d’août en montagne, se sorte qu’à tous points de vue ce léger retard ne me paraît pas présenter trop d’inconvénients. Qu’en penses-tu ?

J’ai lu, je te l’ai dit « Deuxième Amour » de Bourget. Je m’étonne qu’un homme puisse arriver à décrire avec autant de finesse et de pénétration les sentiments d’une femme. Et puis il est merveilleux de suivre cette étude si subtile, si étayée par un grand nombre de petits faits psychologiques. Et enfin c’est admirablement écrit ; je crois pourtant que c’est une des œuvres de jeunesse de Bourget.

Je m’aperçois que je t’ai écrit sur une petite lettre que m’a envoyée le conducteur de ma voiture médicale que j’ai évacué récemment pour douleurs rhumatismales. C’est le meilleur cœur de brave garçon, et je lui conserve sa place jusqu’à sa guérison et à son retour au régiment. Il est d’ailleurs d’une classe déjà assez ancienne et il est père de famille (je choisis toujours mon personnel parmi les pères de famille.)

Donc j’ai pris un autre feuillet pour continuer ma lettre. Je vais commencer un roman, paraît-il très amusant de Kristinaekaro[1] auteur dont j’avais lu une autre histoire très amusante à Caen : « Jim Trill et Cie » (que tu as peut-être parcouru quand tu étais venue me voir.) J’ai aussi en perspective un livre de Gyp, et puis une traduction de Platon que l’on a envoyée à mon caporal infirmier.

Depuis quelques jours aussi j’ai repris mes parties de Dames avec mon infirmier Baron qui m’est toujours supérieur, mais il n’a pas à cela grand mérite, car il s’est perfectionné au cours d’innombrables parties jouées pendant ses gardes à l’asile de Naugeat[2]. Mon médecin auxiliaire a rapporté de permission un gros paquet de tilleul excellent que lui a donné sa mère ; c’est un tilleul extraordinaire dont les fleurs paraissent doubles ; il est dit aussi « tilleul d’argent » ; caractéristique curieuse, son parfum rappelle celui des fleurs d’oranger, et je me demande si ces deux variétés de plante ne sont pas voisines, ce qui expliquerait l’identité de leurs vertus calmantes. Toujours pas de blessés à soigner, mais ce matin j’ai eu une douzaine de malades, mais dernièrement j’ai dû faire évacuer par les autos américaines un cas grave de syndrome cholériforme aigu avec pouls très rapide et hypotendu, déshydratation très marquée (hypotension des globes oculaires : c’est ce qui contribue au faciès grippé). Je viens d’apprendre que, soigné dans un hôpital, il va mieux.

A bientôt, chère petite Mère, ton grand fils

André

[1] Transcription incertaine, nom difficile à lire… et nous n’avons retrouvé aucune trace du récit « Jim Trill et Cie ».

[2] André se trompe dans l’orthographe et l’écrit Nogeat.

 

 

 

 

 

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 10 août 1917.

Je crois aussi que vis-à-vis de mes parents, il ne faut pas que nous ayons l’air de vouloir trop « accélérer les choses »

Le Rozay, 10 août 1917

Mon aimé chéri,

Je voudrais que cette lettre vous arrive le 15 au matin et qu’elle vous apporte en ce jour de votre anniversaire tous mes vœux, toute ma tendresse immense…

Vous me sentirez tout près de vous à ce moment-là, n’est-ce pas ? et vous sentirez combien je vous aime… tellement fort !

Mon chéri, je vous souhaite beaucoup de bonheur et si le bonheur n’est pas tout à fait possible pendant cette horrible guerre, je souhaite du moins que vous ayez beaucoup de courage, beaucoup de patience pour traverser la dure épreuve qui vous est imposée et je prie Dieu de toutes mes forces qu’il vous protège…

Et puis vous serez heureux, nous serons heureux tous les deux ensemble, n’est-ce pas ? C’est de ce bonheur-là que je rêve pour moi et il sera fait de toute la joie que je pourrai vous donner. Mon Aimé, je vous promets que je vous donnerai tout ce que je pourrai de mon cœur et de moi-même et mon désir unique sera de vous rendre heureux.

Il me semble que j’y parviendrai et j’ai confiance aussi dans le bonheur que vous me donnerez, je sens de plus en plus que nous sommes faits l’un pour l’autre et j’ai foi en la force de notre amour que nulle épreuve ne pourra entamer.

Je voudrais aussi, André que pour le 15, vous arrivent les deux photographies que je vous ai fait envoyer. Mais, j’ai eu à faire à un photographe très lambin et je me demande avec inquiétude si il n’aura pas mis de côté mes recommandations de faire partir les photographies avant le 12 août. Vous me direz, mon chéri, si elles vous sont bien parvenues et si elles vous ont un peu fait plaisir… Mais, c’est peut-être beaucoup d’audace de vous envoyer mon portrait comme cadeau de fête ?… Je ne l’aurais pas fait si, à votre dernière permission, vous ne m’aviez pas demandé de vous envoyer toutes les petites photographies qui seraient faites à St Gervais cet été, alors j’ai pensé que de plus grandes photographies vous plairaient peut-être aussi…

Mais la vôtre, mon Aimé, quand l’aurai-je ? Pour l’instant je ne possède que les photographies qui furent faites à Caen et cette autre toute petite que vous m’avez envoyée des tranchées et que j’aime beaucoup, celle que je regarde en relisant vos lettres… Si je pouvais en avoir une autre je serais bien contente.

J’ai reçu ce matin votre lettre du 5, je n’ai plus le temps d’y répondre longuement, comme je le voudrais, mais je vous en remercie et je tiens à vous redire que mes parents ont trouvé très naturel que votre frère ait le désir de venir aussi à St Gervais pendant sa permission et je crois que, même si nous ne devons pas être fiancés officiellement, il n’y a aucun inconvénient à sa présence ici. En même temps que vous y serez vous-même. Mais, naturellement, il faut que, lui et vous, décidiez absolument, comme vous figurez que ce sera le mieux.

Je crois aussi que vis-à-vis de mes parents, il ne faut pas que nous ayons l’air de vouloir trop « accélérer les choses » mais, si vous voulez mon avis personnel, je vous assure que votre frère peut très bien venir à St Gervais et pour ma part je serai très heureuse de le connaître.

Il faut que je vous quitte mon Aimé, car il fait très beau aujourd’hui et nous allons partir nous promener, mais je ne vous quitte pas tout à fait puisque je pense sans cesse à vous et que je vous associe déjà complètement à ma vie. Je vous aime de toutes mes forces, mon Aimé chéri.

Elisabeth

 

 

 

 

 

Carte de Jean Jacquelin à André Jacquelin, 11 août 1917.

Aujourd’hui 1 an suis mobilisé.

Mon vieux frangin

Reçu avec plaisir dont je te remercie beaucoup. Peut-être aurons nous le chance de nous rencontrer en perme, je compte être à St germain le 6 septembre s’il ne survient pas de changement.
Maintenant secteur tranquille, on ne s’en fait pas. Aujourd’hui 1 an suis mobilisé.
Excuse moi style laconique, ai peu de temps, longue lettre suit.

Bien affectueusement

Jean

 

 

 

 

 

Carte-lettre de Caroline Jacquelin à André Jacquelin, 13 août 1917.

Si tu peux apporter un kilo de sucre dans ta musette cela me fera plaisir

Je reviens de dire au revoir à Paul qui s’en va demain matin à 9hrs. Le petit Jean-Paul est gentil comme tout, gai et bien portant. Son père en est fou. Il est très mignon, il regardait le portrait de son père, je lui disais que je n’ai pas de bons yeux, alors il me répond que le bon Dieu lui a vendu des bons yeux. Il a fait des culbutes sur le tapis. Roger va t’écrire pour t’expliquer ce qu’il fait, c’est toujours au service de désinfection, il enterre les morts, heureusement qu’il ne fait pas partie de l’équipage qui va chercher les restes dans les fils de fer barbelés. J’ai reçu mon permis à demi-tarif comme par le passé. J’ai du mal à comprendre la circulaire qu’on m’avait envoyée. Je prépare la valise noire ; je crois qu’il te faudra deux jours pleins ici pour te préparer, voir ce que tu veux emporter, tu pourrais partir avec les bottes noires. Ce serait trop lourd et encombrant d’en emporter d’autres. Je vais regarder

Quelle joie si Henri peut venir avec nous, il a l’air tout à fait décidé et puis je serai très contente qu’Elis les voie tous deux d’abord. Je suis sûre qu’elle sympathisera tout de suite. Je t’embrasse mon petit enfant …

Si tu peux apporter un kilo de sucre dans ta musette cela me fera plaisir et si cela t’est possible sans te gêner. Le neveu de Madame Maisson est venu à notre hôpital pour achever sa guérison, il est amputé du bras gauche.

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 15 août 1917.

Je crois que l’on va profiter de ce que nous sommes au repos pour nous faire vacciner contre la fièvre typhoïde. Cela représente 600 piqûres environ pour le bataillon ; ce qui n’a rien de bien réjouissant.

Ma bien chère Maman,

Je viens de recevoir aujourd’hui cette lettre de toi et je suis bien heureux de savoir que tu as pu revoir successivement Eugène Adde, Paul Chiron et surtout Roger. Pour ce dernier il doit évidemment être très pénible de ne pas voir sa petite fiancée, mais d’un autre côté l’été lui aurait paru bien long s’il avait dû attendre le mois d’octobre pour prendre sa permission, et puis l’on ne doit jamais se faire retarder, car le retard se répercute sur toutes les autres permissions. Je suis heureux que Roger se trouve près de Toul, car ce doit être extrêmement tranquille là-bas.

Les félicitations de Paul Chiron sont un peu prématurées comme a dû te l’expliquer une petite carte que je t’ai envoyée dernièrement, et où je te disais que Mr de M. ne voulait pas encore de fiançailles. En réalité je crois saisir le motif de cette décision : sa fortune étant très compromise par les événements actuels il préfère que l’on attende la fin de ces événements pour se décider et aussi pour obtenir une situation nette et précise qui lui permette de me dire quelle dote et quelles espérances il donne à sa fille. Cela est très sage de sa part, et, connaissant « l’entière bonne volonté » dont ses deux lettres m’ont apporté le témoignage, je crois que nous aurions bien tort de nous en inquiéter le moindrement.

Tu as dû également recevoir ma lettre d’hier, celle où je t’annonçais un léger recul de ma permission ; je ne crois pas que notre voyage à St Gervais puisse s’en trouver compromis ; c’est seulement la participation d’Henri à ce voyage qui n’aura peut-être pas lieu : je lui ai écrit hier pour lui annoncer ce retard et le laisser libre de prendre plus tôt sa permission s’il ne peut ni ne veut pas la faire retarder dans la même proportion que le sera la mienne.

Je pensais à la chose suivante : si la maladie dont tu souffres depuis quelques temps s’aggravait avant que je puisse venir, vers le 12 ou 13 septembre, par exemple, tu pourrais me faire envoyer par Henri ou Lucien le télégramme suivant : « Mère assez gravement malade ; demande que tu viennes. Lucien Jacquelin »

A vrai dire je ne crois pas que ton état s’aggrave à ce point mais quand même il ne faudrait pas hésiter à me faire appeler, car il est relativement facile de faire avancer de quelques jours une permission normale ; seules les permissions exceptionnelles sont accordées plus difficilement et seulement sur certificat de médecin.

En me tenant au courant de ton état, tu pourrais me répondre si tu as compris et moi aussi je te tiendrais compte du cours des permissions et de la date probable de mon arrivée ; j’hésite toujours entre le 12 et le 23 septembre environ.

Aujourd’hui, ma bonne petite Mère, c’était mon anniversaire et je suis allé entendre la messe de 9h à l’église ; il y a un prédicateur qui a très bien parlé et les soldats chantaient des cantiques ; à la sortie de la messe, je suis allé me promener à cheval et ne suis revenu que pour le déjeuner ; comme je n’étais plus guère entraîné au cheval, j’ai le haut des cuisses ou le bas des reins, si tu aimes mieux, qui est endolori. Mais à part cela tout va bien.

Je crois que l’on va profiter de ce que nous sommes au repos pour nous faire vacciner contre la fièvre typhoïde. Cela représente 600 piqûres environ pour le bataillon ; ce qui n’a rien de bien réjouissant ; enfin c’est une corvée qui n’est pas inutile et il faut bien l’accepter ; je me porte toujours très bien et mon moral reste excellent ; j’attends tranquillement le bonheur de te revoir, ma chère petite Mère, et je t’embrasse bien fort et mille fois, comme je t’aime

André

PS : As-tu su que le Saint-Siège intervient pour la paix ?

 

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