Je viens vous dire, que de si tôt, je ne reviendrai pas …

Je viens vous dire, que de si tôt, je ne reviendrai pas …

L’absence d’Elisabeth, qui a regagné Nancy, encourage André à demander son départ pour le front. C’est ce qu’il obtient en juin 1915. L’épreuve de la séparation conjuguée à l’expérience des tranchées lui parait nécessaire pour mettre à l’épreuve leur amour. Dans une lettre écrite à un de ces amis, il livre ses états d’âme et dévoile l’attachement qui le lie à sa mère Caroline Jacquelin

Je ne te causerai de la guerre que par généralité – et depuis le début.

Je ne te causerai de la guerre que par généralité – et depuis le début.

Philippe Dorvain, jeune médecin, a connu Elisabeth Carré de Malberg et André Jacquelin à l’hôpital de Caen. Parti le premier au front,  il écrit régulièrement à André Jacquelin une lettre par mois pendant l’année 1915. Parfois l’émotion vient briser ce rythme… il  décrit quelques impressions sonores ou visuelles de la guerre ou  rapporte des réflexions plus intimes et profondes.   Dans une lettre de juin, très longue, écrite sur du mauvais papier, Philippe Dorvain tente de convaincre son ami André de rester à l’arrière ou son intelligence et son savoir faire seront, d’après lui,  plus utiles. Il dresse un tableau  impitoyable de la situation au front et essaye de faire comprendre l’état d’esprit des poilus coincés dans cette tragédie entre la pression sociale (ne pas démériter aux yeux de camarades de combat), la pression militaire (ne pas être fusillé) et la pluie de fer incessante des bombardements allemands.

Sketch de guerre

Sketch de guerre

François Carré de Malberg invente (?) un petit sketch qui montre la lenteur de la chaîne de décision dans l’armée Française. Il joint à ce billet un témoignage de l’absurdité bureaucratique de cette armée. Il prend le soin de préciser que, malheureusement, ce sketch là est authentique…

La vie à l’ambulance

La vie à l’ambulance

Petit aperçu de la correspondance d’André Jacquelin: à l’occasion d’un voyage à Paris, sa première carte  à Elisabeth Carré de Malberg (La Charge… au contenu lapidaire: « Paris mars 1915, André Jacquelin »), une lettre de son cousin Jean, des nouvelles des blessés qu’il a soignés, la première lettre d’Elisabeth rentrée à Nancy…  Brefs aperçus de sa vie de médecin à l’arrière du front en ce début 1915.

Jean Valentin: Blessé le 3 avril photographié le 24 Mai 1915

Jean Valentin: Blessé le 3 avril photographié le 24 Mai 1915

Jean Valentin, l’oncle d’Elisabeth est blessé le 3 avril 1915.  Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur: « Alsacien engagé volontaire dès le début de la guerre, s’est dévoué corps ezt âme à son service. Se trouvant le 3 avril aux environs d’une batterie qui avait pris pour objectif une position ennemie évacuée depuis peu, et mettant à profit un renseignement qu’il venait de recevoir n’a pas hésité à parcourir un terrain battu par une pluie d’obus pour aller prévenir le commandant de la batterie. A été grièvement blessé; mais a rempli la mission qu’il s’était imposée à lui-même. »

Chronique d’une fin d’hiver sur le front Alsacien 2

Chronique d’une fin d’hiver sur le front Alsacien 2

La conversation des absents (la correspondance épistolaire pour les anciens) prend tout son sens: « Cela m’a remonté de penser qu’une âme charitable m’avait assez de sympathie, pour la témoigner par ce papelard strié de violet, au milieu d’une grande forêt de hêtre agitée par le vent froid de la nuit et à 2 pas de la mort qui pouvait me frapper, sous les espèces d’un petit morceau de métal bourdonnant. Et à ce propos je fais une curieuse remarque, qui certes t’encouragera à m’écrire souvent ; tes lettres me parviennent généralement dans un moment de dépression morale plus intense – et tu peux croire que j’en traverse quelques uns ! « 

Ton cousin Bob Fabars

Ton cousin Bob Fabars

23 Mars 1915 Paul Louis Wenger annonce à  Elisabeth qu’elle a désormais un cousin qui s’appelle Robert Fabars. Fini pour lui de lire les courriers des prisonniers allemands de Caen: il part pour le front mais alsacien et déserteur de l’armée allemande il prend ce nom étonnant: Bob Fabars… La vie à Caen s’en trouve bouleversée et le morale de tout le monde chute.

Caroline et André

Caroline et André

André Jacquelin est le fils unique de  Caroline Jacquelin. Lucien et Henri sont ses deux demi-frères nés d’un premier mariage de son père Alfred Jacquelin (1850- 1913).  Il est très lié à Jean son cousin. André entretient avec sa mère une relation fusionnelle et pendant toute la guerre, il va échanger avec elle une abondante correspondance, lui renvoyant même les lettres qu’il reçoit (comme ici les lettres d’Henri Ernst). Il lui fait rapidement part de son attachement pour Elisabeth Carré de Malberg et de ses hésitations…

Chronique d’une fin d’hiver sur le front Alsacien

Chronique d’une fin d’hiver sur le front Alsacien

Il faut remplacer les morts, alors François Carré de Malberg monte vite en grade… Les sensibilités s’émoussent au contact des horreurs. La puissance de feu démembre les corps comme les maisons. Les descriptions se font plus précises.  On enterre  et on s’enterre, conscients d’être des cadavres en sursis, « devant ces pauvres diables qui dorment là de leur ultime sommeil. Je ne les connais pas mais je les vois jeunes ou vieux, pleins de vie comme moi, des espoirs en tête, fauchés brutalement en cette farouche matinée… »