Bonne année 1916…

Bonne année 1916…

Que peut-on se souhaiter après plus d’un an de guerre? « Que peut-on espérer de l’année qui va commencer, alors que celle qui s’achève a été si mauvaise ? »  Pas grand chose d’autre si ce n’est de survivre. A mots couverts (on ne sait jamais ce que pense les autres) on ose évoquer son dégoût  pour « le militarisme ». (Mise en ligne 4 juin 2015)

C’est une atroce nouvelle que j’ai à t’annoncer…

C’est une atroce nouvelle que j’ai à t’annoncer…

Pierre Chenest est mort le 26 octobre 1915 à Tatarli en Serbie. Il aura fallu deux mois pour qu’Elisabeth apprenne la disparition de celui qui était, au début de la guerre, le sujet de tous ses échanges avec  sa cousine Odile. Le frère ainé de Pierre, Jean, est mort lui le 7 juillet 1915 à Souchez.  Des trois frères de Madeleine, seul, Geo (Georges) est encore vivant en cette fin d’année 1915.

J’ai appris par Gigault que vous aviez fait venir votre boîte.

J’ai appris par Gigault que vous aviez fait venir votre boîte.

Les communications s’établissent peu à peu entre André, sur le front d’Artois (secteur 90) et ses amis de l’ambulance du lycée Malherbe de Caen: Pelpel, Gigault, Morel, Sanson, Manchon. Ensemble, ils pratiquaient la peinture et c’est ce sujet qui revient dans l’ensemble des courriers réunis ici.  Ces courtes lettres sont aussi l’occasion de donner des nouvelles des uns et des autres. Mais la guerre n’est jamais loin « même sous le beau ciel de Grèce ».

C’est ici l’extrémité de la France

C’est ici l’extrémité de la France

Dans les mornes plaines du nord, André patauge dans la boue. Philippe Dorvain est en Champagne. Ils commencent à ressentir la guerre au delà de ses horreurs aussi comme  une entrave injuste à leur vie, à leur carrière.  Mais une autre épreuve attend André: une nouvelle visite auprès de Marguerite et Raymond les parents d’Elisabeth …

J’ai suivi ton conseil, je laisse pisser le mérinos…

J’ai suivi ton conseil, je laisse pisser le mérinos…

Jean et André sont cousins. Ils sont très proches. Jean est jusque là réformé (bien qu’il passe régulièrement les conseils de révision, il est trop chétif pour réaliser son rêve: partir au front…). Resté à Saint Germain-en-Lay, il occupe différents postes dans des cabinets d’architectes. Bon caricaturiste, il envoie des lettres illustrée à son  « vieux Pott », lettres où il lui fait part aussi de ses multiples aventures sentimentales…

L’art de la roulante

L’art de la roulante

Les forges d’Audincourt sont mobilisées pour produire les fournitures de guerre, en particulier les obus de 220 mm en acier forgé et les cuisines roulantes à deux marmites. La Compagnie livre également à l’armée française des tôles pour divers usages comme pour la fabrication de casques ou pour des articles de campements. Son directeur, M. Raymond Joessel, oncle de François Carré de Malberg, lui écrit une longue lettre, autour de la question fondamentale des roulantes. Ce courrier commence  par un pastiche de La Fontaine et se poursuit avec des remarques parfois pleines d’humour… Il est heureux  que  ce « modeste appareil nourricier »  constitue un lien entre sa famille et François, et il lui sait gré de l’amener parfois à diriger une pensée, même rapide, vers eux.

Fin d’été à Saint Gervais et sur le front d’Artois

Fin d’été à Saint Gervais et sur le front d’Artois

André Jacquelin envoie ce qu’il appelle « des feuilles de routes ». Il y raconte la vie dans les tranchées. La crudité en est souvent surprenante comparée à la pudeur dont il doit faire preuve lorsqu’il évoque ses sentiments pour Elisabeth Carré de Malberg. Ensemble, ils voudraient espérer que la prochaine bataille sera enfin, la dernière…

Le Labyrinthe

Le Labyrinthe

En juillet, André arrive au front en Artois, dans le secteur du Labyrinthe. Le Labyrinthe était un ensemble d’ouvrages, de tranchées et de boyaux qui formaient, un saillant de la ligne allemande entre Neuville Saint Vaast et Ecurie; C’est le lieu d’incessants et féroces combats. Elisabeth, elle est en vacances dans les Alpes… Le ton des cartes postales et celui des lettres fermées qu’elle envoie est sensiblement différent. De son côté André doit respecter, en toutes circonstances, les convenances…  et ses lettres « feuilles de route » passent  sans peine la censure familiale.

Oui, c’est franchement idiot

Oui, c’est franchement idiot

Dans cette longue lettre Philippe Dorvain répond précisément à André Jacquelin. Les deux hommes sont liés par un profonde amitié. Philippe admire André et il  connaît bien Elisabeth Carré de Malberg, puisqu’il a travaillé avec elle à Caen, à l’ambulance de l’Hôpital Malherbe. André lui a confié, dans une lettre malheureusement perdue, ses doutes  sur sa relation avec Elisabeth, son engagement au front, le sens qu’il donne au patriotisme… Philippe Dorvain y va franchement, passe en revue systématiquement les questions et donne ses conseils… Comme il le dit lui-même il est plutôt bon en dissertation.