J’ai suivi ton conseil, je laisse pisser le mérinos…

J’ai suivi ton conseil, je laisse pisser le mérinos…

Jean et André sont cousins. Ils sont très proches. Jean est jusque là réformé (bien qu’il passe régulièrement les conseils de révision, il est trop chétif pour réaliser son rêve: partir au front…). Resté à Saint Germain-en-Lay, il occupe différents postes dans des cabinets d’architectes. Bon caricaturiste, il envoie des lettres illustrée à son  « vieux Pott », lettres où il lui fait part aussi de ses multiples aventures sentimentales…

L’art de la roulante

L’art de la roulante

Les forges d’Audincourt sont mobilisées pour produire les fournitures de guerre, en particulier les obus de 220 mm en acier forgé et les cuisines roulantes à deux marmites. La Compagnie livre également à l’armée française des tôles pour divers usages comme pour la fabrication de casques ou pour des articles de campements. Son directeur, M. Raymond Joessel, oncle de François Carré de Malberg, lui écrit une longue lettre, autour de la question fondamentale des roulantes. Ce courrier commence  par un pastiche de La Fontaine et se poursuit avec des remarques parfois pleines d’humour… Il est heureux  que  ce « modeste appareil nourricier »  constitue un lien entre sa famille et François, et il lui sait gré de l’amener parfois à diriger une pensée, même rapide, vers eux.

Fin d’été à Saint Gervais et sur le front d’Artois

Fin d’été à Saint Gervais et sur le front d’Artois

André Jacquelin envoie ce qu’il appelle « des feuilles de routes ». Il y raconte la vie dans les tranchées. La crudité en est souvent surprenante comparée à la pudeur dont il doit faire preuve lorsqu’il évoque ses sentiments pour Elisabeth Carré de Malberg. Ensemble, ils voudraient espérer que la prochaine bataille sera enfin, la dernière…

Le Labyrinthe

Le Labyrinthe

En juillet, André arrive au front en Artois, dans le secteur du Labyrinthe. Le Labyrinthe était un ensemble d’ouvrages, de tranchées et de boyaux qui formaient, un saillant de la ligne allemande entre Neuville Saint Vaast et Ecurie; C’est le lieu d’incessants et féroces combats. Elisabeth, elle est en vacances dans les Alpes… Le ton des cartes postales et celui des lettres fermées qu’elle envoie est sensiblement différent. De son côté André doit respecter, en toutes circonstances, les convenances…  et ses lettres « feuilles de route » passent  sans peine la censure familiale.

Oui, c’est franchement idiot

Oui, c’est franchement idiot

Dans cette longue lettre Philippe Dorvain répond précisément à André Jacquelin. Les deux hommes sont liés par un profonde amitié. Philippe admire André et il  connaît bien Elisabeth Carré de Malberg, puisqu’il a travaillé avec elle à Caen, à l’ambulance de l’Hôpital Malherbe. André lui a confié, dans une lettre malheureusement perdue, ses doutes  sur sa relation avec Elisabeth, son engagement au front, le sens qu’il donne au patriotisme… Philippe Dorvain y va franchement, passe en revue systématiquement les questions et donne ses conseils… Comme il le dit lui-même il est plutôt bon en dissertation.

Je viens vous dire, que de si tôt, je ne reviendrai pas …

Je viens vous dire, que de si tôt, je ne reviendrai pas …

L’absence d’Elisabeth, qui a regagné Nancy, encourage André à demander son départ pour le front. C’est ce qu’il obtient en juin 1915. L’épreuve de la séparation conjuguée à l’expérience des tranchées lui parait nécessaire pour mettre à l’épreuve leur amour. Dans une lettre écrite à un de ces amis, il livre ses états d’âme et dévoile l’attachement qui le lie à sa mère Caroline Jacquelin

Je ne te causerai de la guerre que par généralité – et depuis le début.

Je ne te causerai de la guerre que par généralité – et depuis le début.

Philippe Dorvain, jeune médecin, a connu Elisabeth Carré de Malberg et André Jacquelin à l’hôpital de Caen. Parti le premier au front,  il écrit régulièrement à André Jacquelin une lettre par mois pendant l’année 1915. Parfois l’émotion vient briser ce rythme… il  décrit quelques impressions sonores ou visuelles de la guerre ou  rapporte des réflexions plus intimes et profondes.   Dans une lettre de juin, très longue, écrite sur du mauvais papier, Philippe Dorvain tente de convaincre son ami André de rester à l’arrière ou son intelligence et son savoir faire seront, d’après lui,  plus utiles. Il dresse un tableau  impitoyable de la situation au front et essaye de faire comprendre l’état d’esprit des poilus coincés dans cette tragédie entre la pression sociale (ne pas démériter aux yeux de camarades de combat), la pression militaire (ne pas être fusillé) et la pluie de fer incessante des bombardements allemands.

La vie à l’ambulance

La vie à l’ambulance

Petit aperçu de la correspondance d’André Jacquelin: à l’occasion d’un voyage à Paris, sa première carte  à Elisabeth Carré de Malberg (La Charge… au contenu lapidaire: « Paris mars 1915, André Jacquelin »), une lettre de son cousin Jean, des nouvelles des blessés qu’il a soignés, la première lettre d’Elisabeth rentrée à Nancy…  Brefs aperçus de sa vie de médecin à l’arrière du front en ce début 1915.

Chronique d’une fin d’hiver sur le front Alsacien 2

Chronique d’une fin d’hiver sur le front Alsacien 2

La conversation des absents (la correspondance épistolaire pour les anciens) prend tout son sens: « Cela m’a remonté de penser qu’une âme charitable m’avait assez de sympathie, pour la témoigner par ce papelard strié de violet, au milieu d’une grande forêt de hêtre agitée par le vent froid de la nuit et à 2 pas de la mort qui pouvait me frapper, sous les espèces d’un petit morceau de métal bourdonnant. Et à ce propos je fais une curieuse remarque, qui certes t’encouragera à m’écrire souvent ; tes lettres me parviennent généralement dans un moment de dépression morale plus intense – et tu peux croire que j’en traverse quelques uns ! «