Mars 18 Alertes sur Paris

Alertes sur Paris! Raymond Carré de Malberg n’a pas le moral. L’armistice germano-russe du 15 décembre 2017, puis le traité de Brest-Litovsk du 3 mars 1918, qui met fin aux combats à l’est, permettent à l’armée allemande concentrer ses troupes sur le front ouest. Et en effet, la grande offensive commence début Mars. Elisabeth s’inquiète pour son fiancé qui continue de tenter de cacher, à sa mère, la réalité de sa situation au front.

Le 7 mars, Elisabeth fait le voyage à Saint Germain, seule. Elle est présentée par Caroline à la famille Jacquelin. (publié le 31 octobre 2018)

André Jacquelin au travail sous un pont. Printemps 1918. André Jacquelin au travail sous un pont. Printemps 1918.

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 1er Mars 1918.

D’ailleurs au prochain courrier, votre lettre peut arriver – elles viennent en ce moment à des heures très différentes – et c’est si bon de pouvoir espérer quelque chose !

1er mars 1918

Mon petit Chéri,

C’était hier jeudi et j’ai reçu de délicieux muguets… Si jolis que l’on se croirait au mois de mai et que l’hiver me semble bien loin, lorsque j’entre dans ma chambre ! Et je songe aussi à ces deux petits brins de muguet que vous aviez cueillis dans les environs de Caen et qui furent les premières fleurs que vous m’ayez offertes, dans une de vos lettres, de très loin, mais qui me furent au cœur et que je conserve encore entre les pages d’un livre… Vous souvenez-vous, Chéri, de ces détails charmants qui marquèrent les débuts de notre amour ? Je voudrais en reparler encore souvent avec vous…

Ce matin, j’espérais une lettre… Il n’est rien venu, mais je ne veux pas être triste, vous ne m’écrivez pas parce que vous avez trop à travailler et je le comprends très bien. D’ailleurs au prochain courrier, votre lettre peut arriver – elles viennent en ce moment à des heures très différentes – et c’est si bon de pouvoir espérer quelque chose !

J’ai écrit hier à votre mère pour lui demander si je pourrais aller la voir un de ces jours de la semaine prochaine ; je serais contente, vous le savez, de la rencontrer et de causer un peu avec elle, mais malheureusement, je suis assez prise aussi en ce moment, avec mes jours d’hôpital et mes rendez-vous de dentiste. J’espère pourtant pouvoir m’arranger pour aller un après-midi à St Germain.

Papa a bien reçu votre lettre[1] – je l’ai lue – elle m’a fait plaisir aussi et je l’ai trouvée si gentille, si jolie !… Papa me charge de vous dire qu’il y répondra incessamment ; il attendait la réponse de son ami le notaire de Toul, qui justement vient d’arriver, pour le faire. J’espère que toutes ces questions de fortune ne seront pas trop difficiles à régler.
Hier après-midi, figurez-vous que j’ai été à l’Opéra-Comique avec Bernard ; malgré notre deuil, Papa voudrait que de temps en temps nous entendions un peu de musique, Bernard surtout qui en jouit tant. Et c’est ainsi qu’hier, nous avons été à « Mignon[2] ». Je ne puis pas dire que la musique d’Ambroise Thomas, m’ait jamais emballée, mais « Mignon » est une pièce si classique et la mise en scène de l’Opéra-Comique est toujours si bonne que j’ai tout de même été enchantée de mon après-midi. Qui sait, peut-être à votre prochaine permission pourrons-nous aussi aller au théâtre une fois ensemble avec Bernard comme chaperon ! Mais, mon petit Chéri, pourrez-vous l’avoir cette permission avec tout ce qui se prépare, tout ce que l’on annonce ? Si vous saviez combien je tremble en songeant à la déception que nous pourrions avoir et aussi aux dangers plus grands que vous allez peut-être de nouveau courir !… Et si tu savais aussi, mon Chéri aimé, combien tu me manques, combien j’ai soif de la tendresse de tes baisers, d’être à toi… Comme cela me semble dur d’avoir du courage quelquefois et de toujours être loin de toi ! Mais je sais bien qu’il le faut et je veux aller jusqu’au bout, pour toi et pour te montrer que je t’aime.

Ta Lise

[1] Lettre perdue.
[2] Mignon est une tragédie lyrique en trois actes et cinq tableaux, musique d’Ambroise Thomas, livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe.

 

 

 

 

 

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 2 mars 1918

Chéri aimé, si je vous écris, c’est que j’ai hâte aussi de vous dire que, depuis hier soir, où les journaux nous ont annoncé un commencement d’offensive allemande, mon cœur et ma pensée sont avec vous plus que jamais… Je l’avoue, mon anxiété se traduit même par un peu de nervosité…

2 mars 1918 – soir

Mon petit Chéri

Je viens à vous ce soir déjà parce que je crains de n’avoir pas beaucoup de temps à moi demain. Le matin je dois aller à une exposition d’art décoratif avec l’une de mes amies ; l’après-midi, après une visite à ma grand-mère, je recevrai celle de l’un de mes blessés – un américain du sud, dont je vous ai déjà parlé, je crois, et qui avant de quitter Paris veut connaître ma famille.

Enfin, Chéri aimé, si je vous écris, c’est que j’ai hâte aussi de vous dire que, depuis hier soir, où les journaux nous ont annoncé un commencement d’offensive allemande, mon cœur et ma pensée sont avec vous plus que jamais… Je l’avoue, mon anxiété se traduit même par un peu de nervosité et ma journée de demain, si chargée soit-elle, ne parviendra certainement pas à me distraire de l’inquiétude où je suis.

Vous savoir en danger, mon Chéri bien-aimé, savoir que vous vivez de nouveau ces durs et terribles moments d’une grande bataille, voilà l’épreuve terrible pour votre petite Lise, plus encore que la séparation, que l’attente…
C’est ce matin seulement que j’ai reçu votre lettre du 27, vieille de trois jours et je ne vivais plus… Hélas, elle ne pouvait même pas m’apporter les nouvelles que j’aurais déjà voulu avoir ! Pour comble de malheur, j’ai rêvé cette nuit que vous aviez été fait prisonnier et toute la journée j’ai été hantée sans cesse par l’idée de cette épreuve redoutable qui pourrait nous attendre. Y avez-vous songé déjà ? Non seulement ne plus nous voir pendant des mois eet des mois, mais ne même plus pourvoir nous écrire librement !Ce serait trop atroce !…Il faut vraiment s’interdire de penser… pour ne pas perdre courage, et puis se confier à Dieu à toute minute, s’abandonner à sa Providence qui ne veut que notre bien à tous. Il y a quelques jours, en allant communier, cela fut ma pensée dominante avec celle de reconnaissance pour le bonheur immense que Dieu m’a donné par vous, mon petit Chéri, qu’Il me donnera encore je l’espère de tout mon cœur.

Mais ces jours-ci, si vraiment il y avait « quelque chose » de votre côté, promettez-moi, je vous en supplie, de m’écrire tous les jours, ne fut-ce qu’un tout petit mot, pour que j’aie de vos nouvelles. Ce matin votre lettre m’a paru si bonne dans mon anxiété, mon Chéri…

Les vers de Verlaine que vous m’avez envoyés de nouveau, sont bien jolis ; mais je crois que je leur préfère encore « le foyer, la lueur étroite de la lampe », c’est comme si cela avait été écrit pour nous !…

Mais, dîtes-moi comment Verlaine, qui n’a jamais dû avoir l’idée seulement de se marier, a-t-il pu si bien exprimer le charme de cette intimité qui est toute conjugale ou bien ?… Mais en tous cas, sur les vers que vous m’envoyez aujourd’hui, il n’y a pas d’équivoque… le mystère des poètes !

Je vous écris bien mal ce soir, mon Chéri, je suis un peu fatiguée, nous avons passé toute l’après-midi à recevoir les meubles de ma tante et à faire de l’ordre au 2ème. Oui, ma chambre sera gentille, moins bien pourtant que celle de Nancy, mais je rêve des instant que je pourrai y passer avec vous. Si cela n’est pas trop incorrect et je voudrais qu’elle soit jolie, rien que pour que tu l’aimes… Sur mon petit canapé, l’un près de l’autre, il fera si bon !

Au revoir, mon petit Chéri, écris-moi, n’est-ce pas, que je ne sois pas trop longtemps inquiète ? Je pense à toi de toutes mes forces et je t’aime… J’aurai beaucoup de courage pour que tu en aies aussi…

Ta Lise

 

 

 

 

 

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 5 mars 1918.

Je voudrais bien essayer aussi de vous raconter quelque chose de plus amusant, mais où le trouver ?…

5 mars 1918

Mon Chéri

J’ai reçu hier votre petite lettre de vendredi qui a un peu calmé mes craintes en m’apprenant de vos nouvelles et en me disant que le bombardement passait par-dessus vos têtes… N’empêche que je reste toujours impressionnée par ces bruits persistants d’offensive, et avec ces abominables Russes qui renforcent la puissance des Allemands en leur donnant tout ce qu’ils pouvaient désirer à l’est, il faut bien nous attendre maintenant à une lutte sans merci sur notre front. Ce n’est pas gai !!! jamais la situation n’a été si mauvaise semble-t-il, et je vous assure que ce n’est pas le pessimisme de Papa (porté à son comble en ce moment) qui déteint sur moi, mais bien moi, toute seule, qui m’inquiète dès que je réfléchis un peu…

Seulement je ne devrais pas vous le dire, n’est-ce pas ? C’est très mal à moi d’entamer ainsi votre moral, mon pauvre petit Chéri, et je ferais mieux de me taire, mais quelquefois, c’est plus fort que moi ! Et puis je sais trop tous les dangers que court notre bonheur dans cette tourmente affreuse…

Je voudrais bien essayer aussi de vous raconter quelque chose de plus amusant, mais où le trouver ?…

J’ai passé hier ma journée à l’hôpital et il fait une affreuse tourmente de neige depuis deux jours ; les rues sont dans un état atroce, dans vos tranchées, qu’est-ce que cela peut être ? J’espère que vus n’avez pas trop à sortir de votre abri par un temps pareil. Jeudi, je pense aller à St Germain, votre mère m’ayant écrit qu’elle pourrait m’attendre ce jour-là, et je me réjouis du bon moment que je passerai avec elle. Nous parlerons surtout de vous, mon Chéri, vous le devinez, et puis, je voudrais que votre mère apprenne à me connaître davantage pour qu’elle puisse me donner sa confiance et qu’elle sente combien de toutes mes forces je veux votre bonheur, André, mon petit Chéri.

Je comprends si bien qu’elle puisse être craintive à mon endroit et qu’elle redoute, dans sa grande tendresse pour vous, que par moi vous n’ayez à souffrir… Mais si elle sent combien vraiment je vous aime, il me semble qu’elle ne pourra plus craindre !…

Il neige, mais les petits muguets fleurissent et embaument toujours à côté de moi et – ô miracle – le petit arbuste blanc commence à avoir des feuilles, de toutes petites feuilles vert tendre ! C’est ton amour, n’est-ce pas, mon Chéri, qui fait ce miracle, ton amour si grand, si fort qui ne me quitte pas et qui est maintenant toute ma raison de vivre. Au revoir, mon Bien-Aimé chéri, je suis à toi pour toujours, aime moi comme je t’aime, je te donne mes lèvres…

Ta Lise

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 7 mars 1918, matin.

J’ai reçu hier votre longue lettre de dimanche, mon Chéri, et je remercie Dieu de toute mon âme puisque de nouveau Il nous a si visiblement protégés !

Jeudi matin

Mon Chéri aimé,

Ce soir, dès mon retour de St Germain, j’ai l’intention de vous écrire une longue lettre, mais pour que vous ne soyez pas trop déçu au courrier où vous seriez déjà en droit d’attendre quelque chose, après-demain, je vous envoie ce petit mot et un peu de tendresse…
Il fait une journée ravissante – la neige est bien loin – et je suis contente d’avoir si beau temps pour faire mon petit voyage !
J’ai reçu hier votre longue lettre de dimanche, mon Chéri, et je remercie Dieu de toute mon âme puisque de nouveau Il nous a si visiblement protégés !
Au revoir, à ce soir plus longuement, je t’embrasse bien, bien tendrement

Lise

 

 

 

 

 

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 7 mars 1918, soir.

Je crois que votre mère, bien que vous ne lui ayez pas dit que vous étiez de nouveau en 1ère ligne (et je ne le lui ai pas dit non plus) s’inquiète beaucoup pour vous en ce moment ; j’ai essayé de la rassurer de mon mieux, mais, vous savez, Chéri, que je suis bien peu rassurée moi-même !

7 mars 1918 – soir

J ‘ai donc été à St Germain cet après-midi, mon Chéri…

Votre mère a été délicieusement bonne et gentille. Elle était venue me chercher à la gare au train de 2h1/2 que malheureusement je n’avais pas pu prendre et je l’ai bien regretté car cela m’a privée d’être un peu plus de temps avec votre mère et de faire avec elle un petit tour sur ta terrasse.

J’ai donc été tout droit rue de la République et, peu d’instants après moi, sont arrivées vos deux belles-sœurs, puis plusieurs de vos tantes, cousines, etc ? et j’avoue que j’étais un peu intimidée… je sentais que tant d’yeux se braquaient sur moi, très curieux sans doute ! Mais enfin, le premier moment de gêne passé, la conversation a commencé et comme j’étais assise près de votre mère j’ai encore pu causer un peu avec elle.

Toute votre famille a d’ailleurs été très aimable pour moi, mais je crois que j’aurai une sympathie toute spéciale pour votre belle-sœur Mme Henri Jacquelin[1], qui est vraiment charmante. Elle s’est montrée tout à fait gaie et amusante aujourd’hui, ayant des réparties très drôles, et puis elle est si simple, si naturelle… Enfin, je souhaite que la sympathie soit réciproque et je pense que nous nous entendrons très bien !

Mais si votre nom a été prononcé bien souvent, mon petit Chéri, au cours de cet après-midi, je regrette de n’avoir pas eu le temps de causer de vous un peu plus longuement avec votre mère. Nous avons pu le faire un petit peu en retournant à la gare, mais si peu ! Je crois que votre mère, bien que vous ne lui ayez pas dit que vous étiez de nouveau en 1ère ligne (et je ne le lui ai pas dit non plus) s’inquiète beaucoup pour vous en ce moment ; j’ai essayé de la rassurer de mon mieux, mais, vous savez, Chéri, que je suis bien peu rassurée moi-même ! Tout mon espoir est seulement en Dieu, qui, si Il a permis qu’à travers tant de difficultés nous allions l’un vers l’autre, permettra, il me semble aussi, que notre union se fasse, que notre bonheur se réalise…

Je sais que vous avez la même confiance que moi, mon Chéri bien-aimé et c’est pourquoi, plus que jamais, je me repose dans la douceur de vous aimer.

J’ai reçu aujourd’hui de votre fleuriste (qui fait très bien les choses, je vos assure) un joli petit arbuste blanc comme celui de la corbeille, mais plus fleuri encore, je crois ! Il y a 3 semaines de nos fiançailles et il semble que 6 mois ont déjà passé depuis ce cher jeudi de février… Le temps ne marche pas si vite, n’est-ce pas ? Encore 3 semaines pour que tu me reviennes, c’est long… Bonsoir mon petit Chéri, je vais aller me coucher, car il est tard et je suis un peu fatiguée, mais avant de te quitter, je t’embrasse du meilleur de mon cœur

Ta Lise

[1] Esther Jacquelin

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 22 mars 1918.

Je trouve très beau le spectacle des forts chevaux blancs qui cheminent lentement le long des sillons et le soleil éclairait splendidement leur allure de force et de lenteur et dans l’air vibraient les cris rudes des paysans qui les faisaient manœuvrer.

22 mars 18

Ma chère petite mère,

Tu as dû lire aujourd’hui l’importante nouvelle du déclenchement de l’attaque allemande sur un front de 80 km sur les Anglais. Il faut attendre avec confiance les nouvelles qui vont suivre, car je suis persuadé pour ma part que l’effort allemand est voué à se briser sur la résistance du Front allié et que de cet effort ne peut résulter qu’une défaite pour nos ennemis. Naturellement ils ont essayé d’opérer des diversions sur notre Front et du cantonnement nous avons entendu une canonnade assez vive, mais pas très violente cependant ce qui semble bien indiquer qu’ici ne se passera pas une scène importante du drame qui s’exécute en ce moment.

La pluie a cessé de tomber et le retour du beau temps m’a permis de faire une bonne promenade hier : je suis parti aussitôt après le déjeuner à pied et je me suis dirigé à travers la campagne ; le ciel qui était encore assez couvert quand je me suis mis en route est devenu beaucoup plus clair dans la seconde partie de l’après-midi ; et l’aspect des champs était vraiment gai avec les cultivateurs qui labouraient la terre ; je me suis arrêté plusieurs fois pour causer avec quelques uns d’entre eux et il me disait que le temps était idéal pour le labour, le sol ayant été légèrement détrempé et ramolli par les pluies des jours précédents. Je trouve très beau le spectacle des forts chevaux blancs qui cheminent lentement le long des sillons et le soleil éclairait splendidement leur allure de force et de lenteur et dans l’air vibraient les cris rudes des paysans qui les faisaient manœuvrer.

Il y avait aussi une foule de petites alouettes joyeuses qui s’élevaient en chantant, et ce fut tout le long de mes pas un beau paysage de la vie printanière aux champs si bien que je ne suis rentré qu’assez tard, ayant parcouru au moins une dizaine de kilomètres et tu devines avec quel plaisir je trouvai le lait caillé que l’on me prépare toujours pour 4heures ; je me trouve fort bien de ce régime et je sens qu’en ce moment mon état de santé est absolument parfait.

Je t’ai envoyé avant-hier une lettre qui contenait celle d’Henri ; cette dernière m’avait bien fait plaisir et c’est pourquoi je te l’ai envoyée, mais je crains que tu n’aies éprouvé de sérieuses difficultés à la lire, car elle était bien mal et bien finement écrite.

J’ai reçu aujourd’hui une longue lettre d’Elisabeth, et elle me dit qu’avec sa mère elle a mis en ordre quelques meubles de leur nouvel appartement où elles ne sont pas encore descendues d’ailleurs, comme je t’en avais faussement annoncé la nouvelle, car elles n’ont pas pu avoir les ouvriers sur lesquels elles comptaient pour les diverses réparations dont leur appartement avait besoin. Il en résulte que lors des alertes sur Paris, ils descendent tous au 2ème étage et heureusement ces alertes sont survenues assez tôt pour ne pas les trouver couchés ; ils continuent donc à vaquer à leurs occupations : Mr et Mme lisent, le petit Bernard fait ses devoirs et Elisabeth fait de la couture et ils ne paraissent pas s’inquiéter trop.

Je travaille toujours mon examen et je crois que je serai en assez bonne forme pour le passer si mon examen, comme je commence à le croire, est porté jusqu’à après les vacances de Pâques. Elle n’a pas dû aller à la Faculté, mais peut-être ne l’aurait-on pas renseignée, car je crois que c’est la direction même de la Faculté qui fixe la date des examens et que les employés ne sont pas toujours tenus au courant des examens qui se passent.

Quoi qu’il en soit, à bientôt, ma chère petite mère ; grâce à l’augmentation de solde, je me trouve posséder pas mal d’argent d’avance et cela me donne envie d’acheter des bottes d’aviateur lors de ma prochaine permission : si je dois me marier, je crois qu’il m’en faudrait… Je vais te quitter, car il est l’heure de dîner ; comme les jours allongent ! On n’a plus besoin d’ailleurs de la lampe !

Je t’embrasse mille fois bien fort
Ton grand fils
André

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *