François dernières correspondances et lettres recopiées

Chacun a tenté de garder des souvenirs de François. On trouvera ici les documents conservés par Marguerite et Raymond Carré de Malberg.

Août 1916, François Carré de Malberg devant sa cagnat. Août 1916, François Carré de Malberg devant sa cagnat.

Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 3 avril 1916.

Le Freund se tient à peu près tranquille sauf cette exaspérante manie qu’il a de tirailler nuit et jour.

Mon cher Oncle, je vous adresse ces quelques lignes particulièrement pour vous demander des nouvelles de vous-même et de ceux qui vous entourent, pour vous remercier des « Débats » qui me parviennent très régulièrement et pour vous faire remarquer que mon nouveau secteur postal est numéroté 192. La neige est entièrement fondue et il fait un temps admirable sentant le printemps à plein nez… Le Freund se tient à peu près tranquille sauf cette exaspérante manie qu’il a de tirailler nuit et jour.
Mille souvenirs affectueux à tous

François

Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 3 avril 1916, verso. Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 3 avril 1916, verso.

Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 3 avril 1916, recto. Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 3 avril 1916, recto.

Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 30 juillet 1916.

Et où sont nos belles Vosges ! Ici plus de sources fraîches, plus de cette belle verdure des sapins et les horizons forestiers sont loin ! La sécheresse ici est un véritable fléau, l’eau se présente sous forme de marécages très insalubres.

Mon cher Oncle, savez-vous que si vous recevez de si rares nouvelles de moi directement c’est qu’il y a un peu de votre faute. En effet je ne puis vous écrire que des cartes postales et vous me répondez régulièrement par de longues et bonnes lettres, que j’ai du reste un grand plaisir à lire, mais, vous concevez que je suis très gêné et que je crois devoir vous le faire remarquer. Ceci dit j’insiste encore sur la joie que j’ai à recevoir un mot si court soit-il comme cette dernière carte d’Annecy dont je remercie la collectivité des signataires. Vous avez su que mon Bon a été très abîmé dans notre dernière attaque, une grosse proportion de chasseurs et d’officiers tués contrairement aux anciennes moyennes. Et où sont nos belles Vosges ! Ici plus de sources fraîches, plus de cette belle verdure des sapins et les horizons forestiers sont loin ! La sécheresse ici est un véritable fléau, l’eau se présente sous forme de marécages très insalubres. On couche sous la tente ou dans de mauvais baraquements. A A…[1]. où j’ai passé une journée, l’Anglais domine singulièrement. Mille affectueux souvenirs à tous.

François

Vous devez avoir un temps splendide et je vous en félicite bien vivement. Vous saluerez de ma part le Mont Blanc et ses aiguilles que j’ai appris à connaître avec vous.

[1] Amiens

Carte de François Carré de Malberg à Marguerite et Raymond Carré de Malberg, 30 juillet 1916, recto. Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 30 juillet 1916, recto.

Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 9 août 1916.

Affectueux souvenir de cette « bonne ville » qui est présentement infestée d’Anglais de toutes dimensions.

François

Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 9 août 1916, verso. Carte de François Carré de Malberg à Raymond Carré de Malberg, 9 août 1916, verso.

Carte de François Carré de Malberg à Marguerite et Raymond Carré de Malberg, 9 août 1916, recto. Carte de François Carré de Malberg à Marguerite et Raymond Carré de Malberg, 9 août 1916, recto.

Lettres de François Carré de Malberg recopiées par Félix et Hélène Carré de Malberg ses parents.

Du bout de ma canne, j’ai eu la douleur d’exhumer des parchemins datant de 1703, de la généralité de Paris ; de gros livres sacrés de l’Ecclésiaste ouverts à tous les vents. Quel chaos d’idées, d’images, de choses ! Par dessus tout cela les gros 105 fusant vert absinthe qui claquaient dans le ciel bleu.

Recopié par Félix

21 juillet

J’ai rapidement terminé hier soir une carte au crayon sans pouvoir vous donner de précision sur ce qui se passait aujourd’hui je ne puis, par discrétion, vous en donner davantage mais vous saurez que les pertes sont lourdes de notre côté et que du Bataillon, il reste peu de choses côté « officiers ».

Recopié par Hélène

Beaucoup de blessés heureusement ; quelques bons camarades tués : c’est dur quand-même. Vu hier l’inoubliable spectacle d’une bataille moderne. L’artillerie allemande a été très faible, la nôtre, formidable. C’était un plaisir de voir des groupes entiers d’artillerie de campagne, les uns derrière les autres, déversant des torrents de projectiles. Les servants, d’une gaîté folle, s’amusant autour de leur pièce entre deux rafales. J’ai été faire quelques photos de maisons en ruines dans un village détruit mais célèbre : Maricourt. Du bout de ma canne, j’ai eu la douleur d’exhumer des parchemins datant de 1703, de la généralité de Paris ; de gros livres sacrés de l’Ecclésiaste ouverts à tous les vents. Quel chaos d’idées, d’images, de choses ! Par dessus tout cela les gros 105 fusant vert absinthe qui claquaient dans le ciel bleu. Il fait nuit, je repars demain matin pour le même endroit. Reçu lettre d’Odile et de l’Oncle Paul Ch.

22 juillet

Nuit plutôt intolérable, agrémentée de demi-heure en demi-heure, par des fusants baladeurs et absolument inconsidérés. J’ai négligé de vous narrer l’autre jour les diverses visions de prisonniers que j’ai pu m’offrir. J’ai eu le rare bonheur de pouvoir « mépriser », avec un monocle, s.v.p., un petit groupe de 6 officiers prussiens ; en suite de quoi j’ai rassemblé le meilleur de mon allemand pour leur distiller une série de propos fielleux et insolents. J’ai demandé à un « kompagnietreter » s’il était content d’être prisonnier. « Nein » m’a-t-il répondu, avec un regard mauvais et un garde à vous « impeccable », puisque je suis un « ober ». Ce n’est plus la race du début, et on voit des comts de cie de 19 et 20 ans. Il a passé devant nous 3 ou 400 hommes de chétive race et abrutis ! Et sales ! Et XXX ! Pauvres choses ! Grosse casse chez nous ! Entrain splendide de la part de tout le monde : Pichot-Duclos a volé en 1ère ligne. Eté de nouveau feuilleter du bout de ma canne les archives et les bibles de XXX ce qui est déconcertant au dernier point, c’est ce mélange de produits allemands et de marque française : les boites de « Politin » côtoyant les boites de « Bêtises de Cambrai » et les cigares de Hambourg les cigares Garnier.

23 juillet

Les nuits sont véritablement pénibles à cause de l’abominable raffut qui se pratique. La terre tremble sous les pas par la violence et la rapidité des détonations. C’est un peu comme la trépidation du plancher dans les usines et salles de machines. Il n’y a pas moyen de se soustraire à cet infernal vacarme, même en utilisant les abris souterrains où les ondes sonores se propagent aussi bien par les couches du sol. Parmi les camarades il y a 8 tués et 12 blessés : je ne vous en dis pas davantage sur ce qu’a pu être notre attaque. Nous n’avons pas été engagés utilement ! Grosjean et Gautillon sont tués.

Aujourd’hui, journée relativement calme, veille d’un nouvel orage prévu pour demain.

Je vous embrasse de tout cœur

 

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