Eugénie Gürling, bateau le Jeune Abel, écluse N°28, Toul

On ne sait pas comment Elisabeth Carré de Malberg a croisé la vie d’Eugénie Gürling. Entre septembre 1915 et la fin de la guerre, une dizaine de  lettres d’Eugénie racontent les bouleversements de sa vie. Ces lettres témoignent de son affection pour Elisabeth et  de l’espoir qu’elle a de pouvoir un jour travailler pour elle ou pour ses parents. En attendant,  elle habite sur la péniche familiale bloquée sur le canal de la Marne au Rhin et elle est embauchée à l’usine de munitions de Foug… (Mise en ligne 1er Mai 2016)

Pour faciliter la lecture, l’orthographe et la ponctuation d’origine n’ont pas été conservées  (pour les découvrir, on peut se reporter aux fac-similés).

Carte postale envoyée par Eugénie Gürling, le 14 septembre 1915. Carte postale envoyée par Eugénie Gürling, le 14 septembre 1915.

Carte postale d’Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg, 14 septembre 1915.

En ce moment où je vous écris, c’est au son du canon.

Toul, le 14 septembre 1915

Ma chère demoiselle,

Je vous fais savoir que je suis toujours à l’Hôtel de Metz et je suis toujours en bonne santé et j’espère que ma carte vous trouve de même. Je vous envoie ma photo en fille de salle. Ma chère Mère se joint à moi pour vous donner bien le bonjour. En ce moment où je vous écris, c’est au son du canon. Voilà deux jours qu’il n’arrête pas jour et nuit, il est onze heures du soir. Je termine en vous embrassant de tout cœur.

Eugénie Gürling

Ecluse N°23 Toul
Bateau le jeune Abel

Lettre d’Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg, 17 avril 1916.

Je vous dirai aussi que depuis le début de la guerre, nous n’avons jamais entendu si fort le Canon que voilà maintenant.

Toul le 17 avril 1916

Ma Chère Demoiselle

Je vous fais savoir que voilà aujourd’hui 15 jours que j’ai quitté l’hôtel de Metz. Maman n’a plus voulu que je reste. Maintenant je suis chez nous aux bateaux.

Je vous dirai aussi que depuis le début de la guerre, nous n’avons jamais entendu si fort le Canon que voilà maintenant. C’est toujours du côté de Verdun. Voilà qu’il n’arrête pas de passer des trains avec des soldats, les trains en 10 minutes d’intervalle. Et des trains entiers de gros canons. Dans les trains il y avait des Sénégalais et des Marocains. Je ne vois plus rien à vous dire.

Mes Parents se joignent a moi pour vous donner bien le bonjour.
Je termine ma lettre en vous embrassant de tout cœur

Eugénie Gürling

Bateaux le jeune Abel
Ecluse N°28 Toul

Lettre d’Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg, 28 Mai 1916.

Il a été tué par un Obus de 400 un obus Français.

Foug, le 28 Mai 1916

Bien Chère demoiselle

Je viens vous apprendre une bien douloureuse et triste nouvelle, notre chère père vient d’être tué victime d’un accident de travail a l’usine de Foug où il travaillait seulement depuis quelque jour. Il a été tué par un Obus de 400 un obus Français. Nous venons de l’enterrer pieusement au Cimetière de Foug. Cela nous fait une consolation de savoir que notre regretté père est mort près de nous.

Pour l’instant nous restons à Foug avec notre bateau.
Je termine en vous embrassant de tout cœur votre toute dévouée

Eugénie Gürling

Bateaux le jeune Abel
Ecluse N°13 Foug

Lettre d’Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg, 25 août 1916.

C’est aujourd’hui que l’usine a fait pour la première fois des obus de 520. Ce sont de belles pièces.

Foug le 25 Août 1916

Ma Chère Demoiselle

J’ai été très heureuse de recevoir de vos nouvelles et de vous savoir en bonne santé ainsi que votre famille, car je n’avais pas eu de vos nouvelles depuis le 13 Juin.

Vous me demandez si je travaille toujours à l’usine. Oui et je me plais beaucoup mieux qu’à l’Hôtel de Metz. Je passe du sable à la pelle pour mettre autour des obus. Et pendant quelques jours je passais 400 à 500 obus par jour, des 140 et 150, à des dames pour qu’elles grattent le dedans de l’obus. Au commencement j’ai gagné 3f par jour, un mois après 3f25c, et maintenant 3f50c . Lundi, je dois être changée de chantier. Je ferai des noyaux d’obus de 140 et 150 et là, je serai augmentée et après trois semaines un mois, quand je serai bien au courant du travail l’on me mettra à la pièce, l’on aura 10c par noyau, l’on arrive à en faire 50 à 60 par jour, en commençant le matin a 5 heures et on finit à 1 heure, 3 heures au plus tard. Maintenant, où je travaille nous commençons le matin a 6 heure nous partons du bateaux a 5 heures et demie.

Et de 8 heures moins le quart à 8 heures un quart, nous déjeunons puis de 11 heures et demie à 1 heure, nous dînons et nous sommes quittes à 3 heures de l’après-midi. C’est aujourd’hui que l’usine a fait pour la première fois des obus de 520. Ce sont de belles pièces. Nous ne travaillons pas le dimanche. Quand ça presse, pour ne pas travailler le dimanche, l’on nous fait travailler le samedi dans la journée et la nuit. Donc le dimanche je vais à la messe et aux Vêpres, et à la prière quand il y en a une. Et je n’oublie pas mes prières du matin et du soir, et même pendant les heures de travail je prie. Chère demoiselle, je vous remercie de tout cœur pour la messe que vous avez fait dire pour Papa et de vos bonnes prières.

Maman vous envoie bien le bonjour.

Ma Chère demoiselle je termine ma lettre en vous embrassant de tout cœur

Eugénie Gürling

Lettre d’Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg, 19 novembre 1916.

Bonne et heureuse Fête de Sainte Elisabeth

Foug

Bien Chère Demoiselle

A l’occasion de votre fête je me permets de vous envoyer cette lettre. Chère Demoiselle je vous souhaite une bonne et heureuse fête et tout ce que vous désirez. Et que Dieu vous donne ce jour-là encore bien des fois.

D’ici peu je vous enverrai ma photographie en tenue de travail. J’ai reçu votre dernière carte. Chère Demoiselle je termine ma lettre en vous embrassant de tout cœur.

Eugénie Gürling

Bonne et heureuse Fête de Sainte Elisabeth
19 Novembre 1916

Lettre brodée de rubans d'Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg, 19 novembre 1916 Lettre brodée de rubans d’Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg (pages 4 et 1) , 19 novembre 1916

Lettre brodée de rubans d'Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg (pages 2 et 3) , 19 novembre 1916 Lettre brodée de rubans d’Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg (pages 2 et 3) , 19 novembre 1916

Lettre d’Eugénie Gürling à Elisabeth Carré de Malberg, 7 décembre 1916.

Je fais 60 noyaux d’obus Russes de 150 par jour et je gagne 4f60.

Foug le 7. 12. 1916

Bien Chère Demoiselle

Je fais réponse à votre lettre qui m’a fait grand plaisir d’avoir de vos nouvelles. Voilà seulement depuis le 17 octobre que je suis changée, car l’on me trouvait encore un peu jeune.

Je fais 60 noyaux d’obus Russes de 150 par jour et je gagne 4f60. Je commence a 6 heures du matin et je suis quitte presque tous les jours à midi. Mais les samedis, il faut que l’on commence a 3 heures du matin. Nous partons à 7 filles pour aller au travail. Nous sommes 4 bateaux l’un à côté de l’autre. Vous me demandez si nous sommes toujours dans notre bateau. Nous sommes changées de bateau parce que le nôtre prenait trop l’eau.

Mais malgré cela, il est toujours à côté de nous, nous ne l’avons pas coulé. La demoiselle qui travaille avec moi, elle reste à côté de nous, c’est une alsacienne et toutes les autres 5 aussi elles sont de Strasbourg.

Ma mère et ma sœur sont toujours en bonne santé. Mon frère était venu en permission pour 7 jours, il est reparti pour Verdun. Dans cette lettre je vous envoie deux cartes où je suis habillée en costume d’homme. Nous sommes forcées de porter ces costumes parce que nous travaillons déjà avec des hommes, et il arrive bien moins d’accidents. Chère demoiselle, je ne vois plus rien a vous dire. Maman vous envoie bien le bonjour.

Je termine ma lettre en vous embrassant de tout cœur.

Eugénie Gürling

Eugénie Gürling, Carte à Elisabeth Carré de Malberg, 7 décembre 1916 Eugénie Gürling, Carte à Elisabeth Carré de Malberg, 7 décembre 1916

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *