Convalescence 45 jours Arrivons dimanche André

André est évacué à Dijon, il subi le contre coup de la tension des derniers jours de la « bagarre » au front et le choc de sa blessure. Il semble déprimé et triste. Il attend Caroline Jacquelin et Elisabeth Carré de Malberg qui se préparent à venir lui rendre visite.

Ensuite, Elisabeth poursuivra ensuite son chemin vers Saint Gervais pour finir les préparatifs du mariage, en espérant que les dernières difficultés seront levées…

Le 29 juin par un télégramme André annonce son arrivée prochaine en Savoie « Convalescence 45 jours Arrivons dimanche André ». (Publié 7 novembre 2018)

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 8 juin 1918, soir.

Je te serre dans mes bras, mon André et je voudrais voler vers toi !

Mon petit Chéri,

En attendant l’alerte quotidienne, je vous écris ces quelques mots. J’ai reçu ce soir votre lettre datée d’hier (quelle rapidité !) et je suis presque contente d’apprendre le petit accident qui retardera un peu votre guérison… mais j’espère bien que vous ne souffrez pas et que votre vilain cafard vous a quitté !

J’ai vu votre mère tantôt, nous avons décidé de partir jeudi matin pour arriver à 2h à Dijon. Enfin ! direz-vous, et vraiment, je vous assure que je suis furieuse quand je songe aux journées que nous perdons en ce moment et qui pourraient être si bonnes… Mais que faire ? Ce sera déjà un véritable tour de force pour moi de partir jeudi avec toutes mes affaires prêtes. Je cours de l’ambulance à mes essayages et je vous avoue que je n’en puis plus ! A Dijon, j’aurais le temps heureusement de me reposer un peu près de toi, mon Chéri, et de reprendre bonne mine…

J’ai complètement oublié de parler avec votre mère aujourd’hui de la question hôtel et je crains bien que Dijon, comme toutes les villes de France à l’heure actuelle, ne soit envahi. Si vous sortez peut-être pourriez-vous tenter d’aller nous retenir des chambres… Jadis, nous sommes descendus plusieurs fois à l’hôtel du Jura qui était bien. C’était près de la gare mais peut-être bien loin de votre clinique ?

L’alerte ne vient pas décidément ce soir et je vais pourtant te dire au-revoir, mon Chéri, il est 11h. A bientôt, je ne puis croire à tout ce bonheur qui nous attend…

Je te serre dans mes bras, mon André et je voudrais voler vers toi !

Ta Lise

Mes deux lettres envoyées à Châlons ne vous ont-elles pas été renvoyées ? Et celle du Front aussi ?

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 10 juin 1918.

Enfin ne nous affolons pas. Tout ira très bien, tu verras

Ma chère petite mère,

Je t’ai écrit hier en te recommandant de ne pas oublier de m’apporter mon képi ; je n’avais pas pensé en effet à te le demander et c’était un gros oubli ; car je n’ai ici que mon béret et mes cantines, je crois, ne sont pas près de m’être envoyées, ou plutôt de m’atteindre.

Je te disais également de prendre un peu d’argent et quelques petites choses (gants etc…)

Je t’ai aussi donné quelques indications sur le tramway qu’il faut prendre à Dijon et je vais te les confirmer car je ne pourrai peut-être pas aller vous attendre à la gare ; en effet le médecin part quelques fois assez tard et je ne veux pas avoir l’air de sortir constamment ; et puis je ne suis pas trop tenté de le faire avec ma tenue qui est si minable. Donc à l’arrivée à la gare, tu n’auras qu’à prendre le tramway « gare-ville – les 3 Ponts » et descendre 100m après la Place de la République, auprès de laquelle se trouve la rue Gagnereaux.
Il fait tellement beau et surtout tellement chaud en ce moment, que je reste à la clinique dont le jardin, quoique exigu, est très frais et pourvu de confortables chaises longues où je peux lire et travailler en toute tranquillité.
Je suis bien heureux, ma chère petite mère, à la pensée de te revoir dans quelques jours, mais surtout je voudrais que tu ne te fatigues pas et que tu te déranges le moins possible pour les préparatifs de voyage.
Je suis bien content aussi à la pensée que tu vas voyager avec Elisabeth ; le voyage vous paraîtra ainsi moins long et peut-être pourra-t-elle rester un peu plus ici, sous ton égide, qu’elle n’aurait pu le faire sans ta présence.

Je lis et je travaille un peu.

10h – je reçois à l’instant ta bonne petite carte datée du 8 et je lui réponds immédiatement pour faire partir sans faute ma lettre à midi.
Je vois que tu n’es que presque certaine de partir jeudi matin ; j’ai donc encore à attendre un peu pour vous chercher des chambres ; j’espère que ta carte de demain me donnera plus de certitudes à ce point de vue.
Quant à ma convalescence, je ne sais pas encore ce que je ferai ; mais j’aurai certainement la possibilité de revenir à Paris.
Si tu pouvais emporter toutes mes affaires, et toutes les tiennes, il est certain que nous n’aurions pas besoin de faire le voyage de Paris et que nous pourrions aller directement de Dijon à St Gervais.

Mais pourras-tu emmener d’un seul coup tout mon linge et tout le tien ? Et au point de vue valises ? Il m’en faudrait une à moi personnellement, pour placer toutes mes affaires quand nous irons vers Annecy avec Elisabeth.

En résumé j’aurai la facilité d’aller directement à St Gervais ; mais je n’avais pas cru que ce serait possible, car je pensais que tu ne pourrais pas te charger de mes affaires, et d’autre part que tes préparatifs ne seraient pas terminés, ni ceux d’Elisabeth ; enfin je croyais que tu ne pourrais pas rester si longtemps absente de ton hôpital.
Si donc tout cela ne crée pas d’impossibilité, apporte-moi ma vareuse noire, mon pantalon rouge, mes manchettes, ma trousse de toilette de voyage, mon képi.
Et s’il nous manquait quelque chose, il nous serait possible de l’acheter ici (comme les bagues) mais surtout munis-toi d’argent.
Enfin ne nous affolons pas. Tout ira très bien, tu verras ; je t’embrasse bien fort en te disant que j’espère bien te voir jeudi.

André

 

 

 

 

 

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 11 juin 1918.

Mon Chéri, je serai ravie de vous voir enfin dans votre tenue de tranchées, c’est la plus belle de toutes !

Mardi soir

Cette fois, le sort en est jeté, nous partons jeudi : les billets sont pris, les plans retenus…
Surtout venez nous chercher à la gare, mon Chéri, je serai ravie de vous voir enfin dans votre tenue de tranchées, c’est la plus belle de toutes ! Tous mes préparatifs sont achevés et de Dijon j’irai directement à St Gervais… avec vous peut-être !

Mais, hélas, les nouvelles sont de nouveau bien bien mauvaises[1]
Je t’embrasse
Ta Lise

[1] Il s’agit sans doute de la bataille du Matz. Après un pilonnage d’artillerie intense, les Stosstruppen attaquent les positions françaises entre Montdidier (Somme) et Noyon. Ils occupent Ressons. Le 10 juin : Les Allemands, malgré le pilonnage des Français avertis de l’attaque, sont à une dizaine de kilomètres de Compiègne…

 

 

 

 

 

Carte postale d’Odile Carré de Malberg à Elisabeth Carré de Malberg, le 20 juin 1918.

Je suis heureuse de savoir ton fiancé en si bonne voie. J’en conclue que le mariage est proche.

Merci mille fois chère Elisabeth de ta bonne carte de Dijon. Je suis heureuse de savoir ton fiancé en si bonne voie. J’en conclue que le mariage est proche. Va-t-il bientôt te rejoindre à St Gervais ? Je te le souhaite. Mais quel temps abominable il fait. Je suppose que vous bénéficiez du même que nous. On se croirait en novembre. Le voyage s’est admirablement exécuté et Gd Mère n’en a pas souffert du tout, elle mange comme six et va beaucoup mieux. De notre côté nous nous entraînons un peu à marcher entre les averses. Marie Thérèse nous a rejoints depuis jeudi dernier, nous avons été hier après midi avec Adolphe Lemaistre à Evian qui est horriblement triste, c’est plein de réfugiés, il n’y a pas encore un baigneur. Je t’envoie tous mes baisers affectueux ainsi qu’à ton entourage. Quand arrive ton Père ?
Odile

 

 

 

 

 

Lettre de Lenormand à André Jacquelin, 21 juin 1918.

Si je l’avais cru j’aurais coupé radicalement les ailes à cette légende qui prouve une fois de plus que l’histoire est fausse dans les détails.

21 juin 1918

Mon cher ami,

J’ai reçu votre lettre et ce qu’elle m’annonçait, la petite somme que j’avais été trop heureux de vous prêter. J’ai donné selon vos instructions les 10Fr de surplus à Filiaire qui m’a prié de vous remercier.

Acceptez aussi mes remerciements, et je vous en supplie ne considérez le petit service que j’ai pu vous rendre que comme une chose insignifiante.

J’ai été heureux de savoir que la complication[1] de votre blessure avait été vite réparée et ne laissera pas de traces. J’ose croire qu’elle ne vous rend pas l’hospitalisation pénible et qu’elle vous laisse même assez tranquille pour jouir intégralement des plaisirs que la présence de Madame votre mère et de Mademoiselle votre fiancée ne peuvent manquer de vous procurer. Etes-vous assez heureux ? Au reste (comme dirait Veyrniaud) vous avez droit à tout ce bonheur et dans son excès nous vous sommes reconnaissants de ne pas nous oublier.

Il est vrai qu’on vous forcerait à ne pas le faire si vous deviez oublier ce valeureux 63ème qui de plus en plus se couvre de gloire. N’en avez-vous pas été fier à la lecture du dernier communiqué ? Je vous avoue que pour ma part je suis flatté d’en faire partie. Mais que je vous raconte cette dernière affaire, au moins succinctement, car je recule devant un exposé détaillé. Donc les Boches nous ont attaqué. Vers les 6h1/2 du soir ils commencent par intensifier sur l’arrière le feu d’artillerie qui durait depuis la veille, et, vers les 7h ils commencent à crapouilloter les premières lignes et à bombarder la ville. Peu après devant nous ce n’étaient qu’une succession d’éclatements formidables, cependant que tout le secteur avant était couvert d’un très épais nuage de poussière projetée très haut en l’air par les puissants « ninly[2] ». Dès lors l’attaque de l’Infanterie était inévitable. C’était du moins mon sentiment qui s’affermissait de plus en plus, à chaque nouveau crapouillot que je voyais tomber du haut de notre observatoire, (vous savez lequel) (observatoire qui devait s’écrouler peu de temps après). Mais pendant que nous pensions aux malheureux qui recevaient cette pluie de fer et de poussière un épouvantable bombardement de 150 était dirigé sur nous, et un peu plus en arrière. Je rentrai vite dans l’abri et, là, nous attendions tous, un peu angoissés, le dénouement. En toute sincérité je croyais à la venue des Boches et quand vers les 10h tout bombardement cessa je fus extrêmement surpris d’une telle fin – et aussi extrêmement content. Nous devions avoir une autre surprise non moins agréable. Le bataillon que je croyais largement amputé n’avait aucun tué. Une 15 de blessés commotionnés seulement pour la plupart passaient au P.S. Seul l’adjudant Sorgue était blessé assez sérieusement mais sans cependant mettre sa vie en danger.

Les Boches ont-ils attaqué ? Il me semble que oui, encore qu’ils n’aient pas abordé nos lignes. Au 100è ils ont fait une 50ne de prisonniers, ils ont laissé les morts devant le 1er Bon de chez nous. Immédiatement devant le 2ème ils ont été vus, mais sont partis aux premières grenades. En fin de compte il semble que les éléments qui nous étaient opposés n’aient pas eu le mordant des stoptrupen[3] (ce sont officiellement des troupes de réserve) et que par ailleurs décimés par notre artillerie très active à cette heure ils n’aient pas répondu par leur avance au bombardement qui je le répète a été formidable. Quoi qu’il en soit nos Poilus ont été merveilleux tirant des rafales de balles presque tout le temps et s’ils sont cités à l’Armée comme il se chuchote ils l’auront bien mérité. Et à propos de citation que je vous parle de la vôtre ; et de la mienne puisqu’aussi bien vous la connaîtrez un jour. Vous êtes proposé pour une citation à l’ordre de l’Armée ainsi que votre ex-auxiliaire, et très vraisemblablement elles vont sortir sous peu. Ma foi, le service médical n’a pas à se plaindre car excepté le Lt Lisiak qui a été décoré par les joies de l’hôpital il n’y aura que 1 à 10 palmes dans tout le bataillon (j’oubliais les médaillés militaires).

Quand vous lirez le texte de ma citation vous ne serez pas peu étonné sans doute d’y voir entr’autre chose « blessé avant son chef de service n’a pas voulu être évacué pour laisser partir ce dernier ». Que je vous dise tout de suite que je ne suis pour rien dans cela. Cela vient tout droit du Cne Miriot qui dans sa relation orale au colonel a donné cette entorse à la vérité, de bonne foi d’ailleurs. J’ai seulement rétabli la vérité à ceux qui me l’ont demandée, Commandant, Mins Chef qui n’en ont pas fait part au Colonel ! Encore une fois toutes mes excuses. Je ne suppose pas d’ailleurs vous avoir fait du tort. Si je l’avais cru j’aurais coupé radicalement les ailes à cette légende qui prouve une fois de plus que l’histoire est fausse dans les détails.

Pour les brancardiers je n’ai pu obtenir que 4 citations. Savez-vous que le Ct est très dur pour cela? Recevez mes remerciements pour les détails concernant l’avancement des mins aux mais êtes-vous sûr qu’il ne faut pas avoir 8 inscriptions valides avant le 1er Décembre 1914 ? Je ne serais pas alors dans les conditions voulues. Qu’importe. Je préfèrerais aller passer l’hiver à l’abri pour suivre des cours, quelque avantageuse que soit votre opinion à mon égard !…

Recevez mon meilleur souvenir et l’assurance de mon amitié

Lenormand[4]

[1] Nous ignorons la nature de cette complication que mentionne aussi Elisabeth dans sa lettre du 8 juin, peut-être une infection…
[2] « Minly » ou « ninly », référence à un calibre ?
[3] Sic
[4] Nom incertain, comme l’ensemble des noms cités dans cette lettre.

Télégramme d'André Jacquelin à Elisabeth Carré de Malberg, 21 juin 1918. Télégramme d’André Jacquelin à Elisabeth Carré de Malberg, 21 juin 1918.

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à André Jacquelin, 23 juin 1918.

Et en achevant cette lettre, je songe encore, mon petit Chéri aimé, que c’est peut-être la dernière que je t’écris avant le grand jour, avant de t’appartenir tout à fait, et après nos quatre années d’attente… Je suis émue un peu, et aussi tu le comprendras, de quitter mon ancienne vie pour en commencer une nouvelle.

23 juin 1918

J’espérais une lettre de vous ce matin, mon petit Chéri, et une explication à votre télégramme d’avant-hier mais rien n’est venu et je reste dans l’inquiétude… Quelle est la complication qui a pu surgir et a nécessité votre demande de certificat? je serai peut-être rassurée demain, mais les lettres sont si longues à venir jusqu’à St Gervais, si longues aussi à en partir… Quand aurez-vous pu recevoir celle expédiée hier matin et m’apportant le précieux papier, maman emporte celle-ci demain à Aix où elle va passer deux jours et peut-être l’aurez-vous ainsi un peu plus vite.

J’ai hâte de vous dire, André chéri, que tout semble s’arranger à merveille pour notre mariage ici. Avec l’église aucune difficulté : c’est déjà arrangé ; à la mairie tout est simplifié depuis la guerre et d’ici la fin de la semaine les pourparlers seront terminés. Reste le contrat pour lequel il faut que Papa soit là… et voilà que Papa est convoqué à Nancy du 3 au 7 juillet ! Mais, rassurez-vous, il espère bien pouvoir invoquer la raison de mon mariage pour être dispensé de ce stupide voyage et j’espère qu’il pourra arriver à St Gervais dimanche soir. Nous parviendrions alors à nous marier le 3 ou le 4, selon vos désirs, mon Chéri…

Avez-vous des nouvelles de votre frère et de votre belle-sœur ? Le bruit court ici que les permissions sont rétablies, mais je ne parviens pas à en trouver l’annonce dans un journal… Dans ce cas, mon Oncle Louis qui est sur le Front d’Alsace viendrait aussi et je serais si contente que vous puissiez avoir votre frère près de vous, mon Chéri, le jour de notre mariage.
Et votre nouvelle tenue, comment va-t-elle ? Et le pyjama ?!!! J’ai reçu enfin ce matin mes deux malles… J’en espère un véritable soulagement !

Il fait malheureusement toujours un temps affreux et je serais tout à fait désolée si vous deviez voir St Gervais dans une mauvaise période, c’est tellement triste la montagne par la pluie et le jour de notre mariage ce serait un désastre ! Mais je vous attends tout de même bientôt… Vos chambres sont retenues à l’hôtel Moderne et je vais me dépêcher ces jours-ci d’achever mes derniers préparatifs et d’écrire quelques lettres. Je vous attends pour me promener…

Et en achevant cette lettre, je songe encore, mon petit Chéri aimé, que c’est peut-être la dernière que je t’écris avant le grand jour, avant de t’appartenir tout à fait, et après nos quatre années d’attente… Je suis émue un peu, et aussi tu le comprendras, de quitter mon ancienne vie pour en commencer une nouvelle. Si heureuse que je sois, il y a presque un peu de mélancolie en moi…Mais, si tu étais là, près de moi déjà, ce ne serait sans doute pas ainsi, aussi je t’appelle de toutes mes forces ! Merci de ta lettre et à bientôt, je t’embrasse et je t’aime, je suis pour toujours

Ta Lise

P.S. C’est de l’hôtel Pavillon, juste en face de la gare que je suis descendue à Aix. Il y a un wagon direct d’Annecy au Fayet.

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Raymond Carré de Malberg, 23 juin 1918.

Cher Monsieur,

Depuis plusieurs jours je désirais vous donner de mes nouvelles, et je vous prie de bien vouloir m’excuser de me l’avoir pas fait plus tôt ; mais j’espère qu’Elisabeth a dû vous écrire la rapidité avec laquelle ma blessure achève de se cicatriser ; cette amélioration rapide nous a permis de beaucoup sortir ensemble et de faire quelques bonnes promenades hors la ville.

Mais plus que vous donner de mes nouvelles, je désirais vous demander des vôtres et vous dire que souvent j’ai songé à la tristesse que vous avez certainement éprouvée en restant seul à Paris.

Le départ d’Elisabeth a dû surtout être bien dur à votre cœur de Père et je sais qu’elle-même a été très peinée de s’y résoudre. Au début de son séjour à Lyon elle fut assez inquiète de ne rien recevoir de vous, mais ensuite la carte que vous aviez adressée à l’Hôtel Terminus est venue la rassurer.

J’espère que les bombardements par avions et par obus ne se sont pas reproduits avec trop de fréquence et vous ont laissé dormir et vous reposer. Et ne devez-vous pas aussi aller à Nancy avant de faire le voyage de St Gervais? Je ne peux parvenir à concevoir que ce dérangement vous soit imposé à l’heure actuelle et quand les transports offrent de si grandes difficultés…

Pour moi, je crois que mon départ de la clinique où je suis en traitement se trouvera un peu retardé et n’aura lieu que vers la fin de cette semaine, c’est-à-dire le 29 ou le 30 ; il me semble que c’est là aussi à peu près la date où vous vous mettrez en route et nous arriverons sensiblement en même temps à St Gervais.

En attendant ce jour, je vis près de ma mère qui est très heureuse après avoir ressenti de si vives angoisses, et j’essaie de lui donner le plus possible de ma tendresse ; elle m’a chargé de vous demander si les deux actes qu’elle vous a fait envoyer par la mairie de St Gervais vous sont bien parvenus.

Il reste encore une difficulté à laquelle j’ai songé : n’est-il pas nécessaire que les publications soient faites non seulement à St Gervais mais aussi à St Germain ? Je suis allé m’en informer aux bureaux de l’Etat Civil de Dijon et aucune réponse n’a pu être donnée, mais je pense que si cette difficulté avait dû être soulevée, elle l’aurait certainement été dès les premières démarches que Madame Carré de Malberg a faites auprès du maire de St Gervais.

A bientôt donc, cher Monsieur, le bonheur de vous revoir, et croyez toujours à mes sentiments de très respectueuse sympathie.

A Jacquelin

 

 

 

 

Certificat de convalescence d'André Jacquelin daté du 28 juin 1918, recto. Certificat de convalescence d’André Jacquelin daté du 28 juin 1918, recto.

Certificat de convalescence d'André Jacquelin daté du 28 juin 1918, verso Certificat de convalescence d’André Jacquelin daté du 28 juin 1918, verso

Lettre d’Odile Carré de Malberg à Elisabeth Carré de Malberg, 28 Juin1918.

Je me réjouis à l’idée de te revoir dans un grand bonheur, mais je perds ma chère petite Elisabeth d’autrefois que j’aime énormément.

Ma cousine Chérie, mille fois pardon de venir si tard te souhaiter un bon anniversaire. Tu sauras pourtant que j’ai pensé à toi en ce jour avec toute la tendresse que je te porte et me dépêche de t’embrasser encore jeune fille, puisque dans quelques jours c’est une jeune femme que j’aurai le plaisir de serrer dans mes bras. Je me réjouis à l’idée de te revoir dans un grand bonheur, mais je perds ma chère petite Elisabeth d’autrefois que j’aime énormément.

Odile

Télégramme d'André Jacquelin à Elisabeth Carré de Malberg, 29 juin 1918. Télégramme d’André Jacquelin à Elisabeth Carré de Malberg, 29 juin 1918.

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