Ch. Lépeule, appariteur à l’université de Nancy.

Un peu comme Eugénie Gürling  ou Dorvain, CH. Lépeule, appariteur à l’université de Nancy, est pour nous un correspondant sans lien direct avec la famille. Tout au long de la guerre il  écrit à Raymond Carré de Malberg en l’informant des dégâts causés par les bombardements sur Nancy et en surveillant l’état de la maison du Rond Point Lepois. La précision de ses rapports lui cause, parfois, quelques ennuis avec la police militaire peu dupe de son code plein d’humour. Nous reproduisons ici quelques uns de ses courriers.
Une manière de retraverser la guerre, depuis l’euphorie des débuts, jusqu’à l’armistice de 1918.(Publié le 16 novembre 2018)

Lettre de CH. Lépeule à Raymond Carré de Malberg, 6 août 1914.

Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pouvoir courir rejoindre mon Régiment qui doit être en Lorraine annexée.

Monsieur le Professeur,

Je viens de voir Melle votre sœur[1] que je vois d’ailleurs tous les jours. Elle n’a pu quitter Nancy tellement les trains militaires encombraient les lignes. Nancy comme toute la France est très calme, si le va et vient d’automobiles de toute façon n’existait pas on ne se croirait pas en guerre.

Depuis hier nos régiments sont entrés dans Vicq et Dieuze. Je crois que l’attaque se fera par la vallée de la Meuse et Maubeuge.

Je ne sais pas encore si nous avons du logement à Nancy. Dans ce cas nous serons là, moi et Melle votre sœur pour faire le nécessaire.

M.M. Binet, Garnier, Chrétien, Michon, sont à Nancy.
J’ajoute que vous ne pouvez pas avoir une idée de l’entrain qu’il y a ici, les femmes, les vieux, les jeunes surtout, tout le monde essaye de se rendre le plus utile. Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pouvoir courir rejoindre mon Régiment qui doit être en Lorraine annexée.
Veuillez recevoir, Monsieur le Professeur, l’assurance de mon entier dévouement.

Ch. Lépeule
[1] Marie Carré de Malberg.

 

 

 

 

 

 

Lettre de CH. Lépeule à Raymond Carré de Malberg, 21 février 1916.

Un oiseau du pays de la croix de fer est venu nous rendre visite ce matin à 7 heures.

Monsieur le Professeur,

Un oiseau du pays de la croix de fer est venu nous rendre visite ce matin à 7 heures. Un de ses œufs a été lâché au fg St Jean dans un terrain vague, un au coin de la rue G d. A et fg St Jean, où il y a eu un t. et beaucoup de vitres brisées ; un rue St. Devant chez Caderlot mais là aucun dégât ! Puis on en signale un sur Malz[1]. Mais je ne l’ai pas vu.
A part cela rien de nouveau.
Veuillez recevoir, Monsieur le Professeur, l’hommage de mon profond respect.
Ch. Lépeule
Appariteur
T.S.V.P.
[1] Malzeville.

 

 

 

 

 

Lettre de CH. Lépeule à Raymond Carré de Malberg, 19 juin 1917.

Celle de samedi à dimanche a été la plus mauvaise parce qu’il y a eu des omelettes (11 ou 12).

Monsieur le Professeur,

Je profite de l’envoi de ce billet de la poste pour vous dire 2 mots :

Les nuits de vendredi, samedi et dimanche n’ont pas été agréables (toujours à cause des oiseaux). Celle de samedi à dimanche a été la plus mauvaise parce qu’il y a eu des omelettes (11 ou 12). Des œufs ont été cassés rues Gamb, Marey, à côté de Tiers, entre ce dernier et la maison où l’on vend des billets, dans cette maison où il y a eu 11 t.[1] et une cinquantaine de b.[2] bancellerie Zévi  et dans la maison de St Léon. Rien de nouveau chez vous.

Je pense que vous avez bien reçu la feuille d’examens et la convocation à la réunion de ce soir
Gavet reprendra ses cours cette semaine.
Veuillez recevoir, Monsieur le Professeur, l’hommage de mon profond respect.

Ch. Lépeule
[1] torpilles
[2] bombes

 

 

 

 

 

Lettre de CH. Lépeule à Raymond Carré de Malberg, avril 1918.

A la nuit tombante nous descendons à la cave où nous couchons depuis et où nous ne sommes vraiment pas mal.

Monsieur le Professeur

J’ai fait remplacer les vitres brisées de la cuisine, de la pièce à côté et de la pièce à côté et de la pièce au dessus par du calicot huilé. Dans votre bureau et au petit salon, seules les vitres ont été brisées, la verrerie intérieure qui s’assemble par du plomb a nécessité, toutefois ces pièces assemblées étaient un peu gondolées, l’ouvrier a consolidé tout cela avec quelques baguettes, de sorte que tout cela peut attendre une réparation complète.

Dès que je le pourrai, c’est –à-dire dès que la Sté d’électricité pourra- je vous ferai couper le courant électrique.

Mr Nast vient d’être titularisé.

Nous avons de bonnes nouvelles de nos filles, nous mêmes nous allons bien. Nos 2 pièces qui donnent dans la cour n’ayant pas souffert du bombardement du 12 février, nous servent pour la journée et à la nuit tombante nous descendons à la cave où nous couchons depuis et où nous ne sommes vraiment pas mal.

Je n’entends toujours rien de mon oreille gauche, le Dr Jacques, spécialiste, ne me laisse pas grand espoir d’entendre à nouveau, mais à cela près, si tous nos maux étaient là.

Quant à ma blessure du pied gauche cela n’a rien été, elle était guérie au bout d’une dizaine de jours. Maintenant que les déménagements sont terminés je m’occupe de mes jardins car il faut penser à la récolte future et faire en sorte que la soudure se fasse le mieux possible.

Depuis bientôt 3 semaines nous sommes tranquilles et nous ne nous en plaignons pas.

J’aime à croire que vous êtes complètement remis de votre indisposition et que vous n’avez pas eu à trop souffrir des exploits de ces brigands dans votre région.
Je viens de recevoir une lettre de Mademoiselle votre sœur qui m’annonce que son wagon est arrivé, il était temps, le soir même le trafic fermait.

Veuillez recevoir, Monsieur le Professeur, l’hommage de mon profond respect

Ch. Lépeule

A l’instant où j’allais terminer cette lettre, un ouvrier est venu couper votre conduite d’électricité.

 

 

 

 

Note de CH. Lépeule à Raymond Carré de Malberg, 1er novembre 1918. Note de CH. Lépeule à Raymond Carré de Malberg, 1er novembre 1918.

Note de CH. Lépeule à Raymond Carré de Malberg, 1er novembre 1918.

– Note –
Le 31 8bre entre 17 et 18h. nous avons reçu une pluie d’étoiles filantes, ce qui m’a obligé ce matin à aller me promener tout le long du cours Léop., rue de Serre (bibl. et musée d’arch.) gare (devant la) Faubg Stan, rues St G., St Nic., St J., Clodion, etc.
Je ne connais pas le nombre des «  et du »
Rien à signaler pour chez vous.
Ch Lépeule

 

 

 

Lettre de CH. Lépeule à Raymond Carré de Malberg, 12 novembre 1918.

L’oiseau qui s’est soulagé sur nos bâtiments nous a survolés pendant 3 ou 4 minutes je croyais vraiment que c’était un des nôtres et finalement j’ai entendu le sifflement particulier de la torp.

Monsieur le Professeur,

J’ai l’honneur de vous informer que je vous envoie par ce courrier le sac à musique en question.

Je me suis fait réprimandé vertement par un policier qui est attaché à la 8ème Armée au sujet de ma dernière note. Je vous conterai cela quand nous nous reverrons, mais je dois vous dire que je lui ai répondu du tac au tac.

L’oiseau qui s’est soulagé sur nos bâtiments nous a survolés pendant 3 ou 4 minutes je croyais vraiment que c’était un des nôtres et finalement j’ai entendu le sifflement particulier de la torp.[1] puis enfin le choc. J’étais à la cave en train de lire un journal et si l’incendie ne s’était pas déclaré je ne serais pas sorti de ma tanière, et sans vantardise aucune, je n’ai pas eu peur.

La journée d’hier a été une des plus belles journées de ma vie.
Veuillez recevoir, Monsieur le Professeur, l’hommage de mon profond respect

Ch Lépeule
[1] torpille

 

 

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