Ch. Lépeule, appariteur à l’université de Nancy.

Ch. Lépeule, appariteur à l’université de Nancy.

Un peu comme Eugénie Gürling  ou Dorvain, CH. Lépeule, appariteur à l’université de Nancy, est pour nous un correspondant sans lien direct avec la famille. Tout au long de la guerre il  écrit à Raymond Carré de Malberg en l’informant des dégâts causés par les bombardements sur Nancy et en surveillant l’état de la maison du Rond Point Lepois. La précision de ses rapports lui cause, parfois, quelques ennuis avec la police militaire peu dupe de son code plein d’humour. Nous reproduisons ici quelques uns de ses courriers.
Une manière de retraverser la guerre, depuis l’euphorie des débuts, jusqu’à l’armistice de 1918.(Publié le 16 novembre 2018)

C’est fini et si bien fini !

C’est fini et si bien fini !

l’Armistice est signée le 11 novembre 1918. André s’étonne déjà que les allemands aient accepté de telles conditions… Tout le monde laisse éclater sa joie même si elle est toujours tintée de tristesse, comme si en ce jour de fête, les morts étaient encore plus absents. On pense à François Carré de Malberg, à Jean Jacquelin, et à bien d’autres.

Célestine la femme de Chambre de Marie Carré de Malberg lui envoie une lettre écrite en gothique (une des rares lettres en allemand dans cette correspondance). On peut y voir le signe d’une schizophrénie bien alsacienne: le jour où s’annonce le retour de l’Alsace à la France… Mais le courrier de Maurice Jacques du 17 novembre et le carnet de Marguerite Carré de Malberg laissent déjà apparaître les premières difficultés et les premières incompréhensions:  ce retour de l’Alsace à la France ne sera pas si facile. (Publié le 15 novembre 1918).

On se demande si la guerre n’est pas près de finir

On se demande si la guerre n’est pas près de finir

André est à Creil, il est en stage à la maternité et visite les blessés qui bénéficient d’une permission de convalescence. En attendant d’être affecté sur le front. Les nouvelles qui en parviennent sont excellentes. Tout le monde s’en réjoui, et en premier lieu Elisabeth Carré de Malberg. Elle espère  pour son mari un retour au combat de courte durée. Elle n’ose pas encore rêver d’un autre retour, celui dans une Alsace française (ce qu’elle n’a jamais connu).
Chacun vaque à ses affaires, financière pour André et domestique pour Elisabeth. Elle a tenté de prendre à son service Eugènie Gürling… mais apparemment l’essai n’a pas été concluant, et Eugénie est retournée à Foug qu’elle déteste… (Publié le 12 novembre 2018).

Installation à paris

Installation à paris

Septembre 1918, André est affecté au Gouvernement militaire de Paris, et paradoxalement pour cela il a dû se rendre à Rouen. En attendant d’y être reçu, il écrit à sa mère. Dans cette lettre, il porte un terrible jugement, bien dans le goût de l’époque, sur la valeurs des troupes alliées. Pour mémoire, les pertes britanniques se sont élevées à 735000 hommes pendant le conflit et les écossais n’étaient-il pas surnommés par les allemands les « ladies from hell »?
L’état nauséeux d’Elisabeth ne laisse plus de doute sur son état: elle est enceinte. Le jeune couple s’installe provisoirement Avenue Hoche chez les parents d’Elisabeth restés à Saint Gervais. Raymond écrit à André, une lettre dans son style inimitable où se mêlent à des considérations matérielles et financières, des remarques très personnelles sur son caractère et son affection naissante pour son gendre. (Publié le 12 novembre 1918)

Contrat de mariage

Contrat de mariage

Parenthèse dans la relation au jour le jour de l’histoire d’Elisabeth Carré de Malberg, on retrouve ici le notaire Mathieu Merklen et la rédaction du contrat de mariage. On voit dans cette ensemble de lettres les difficultés à établir, en temps de guerre, un acte officiel, assez banal. Ces lettres du notaire de famille Merklen à Raymond et Marguerite Carré de Malberg en disent long aussi sur la question de l’argent, qui est prise sérieusement en compte à l’époque,  dans les unions matrimoniales. Mathieu Merklen est un ami de longue date de Raymond (depuis ses études?) à qui il n’hésite pas à demander des services.  Il répète régulièrement en fin de lettre son mantra: Courage et confiance. (Publié le 8 novembre 2018)

Avril, Reims brûle

Avril, Reims brûle

L’attaque allemande au nord de Reims provoque la suspension de toutes les permissions.  La déception pour André est grande de ne pas pouvoir passer son examen et surtout de perdre l’occasion venir à Paris voir sa mère et Elisabeth. Sur les instructions d’André (…ou de sa mère), tous les jeudi, un fleuriste  livre un bouquet à sa fiancée. Elle se montre très touchée de cette petite folie, mais hésite encore, curieusement, dans ses lettres  entre tutoiement et vouvoiement.

Bernard à l’épreuve des Roches

Bernard à l’épreuve des Roches

Contrairement à ce qui était prévu Bernard ne rentre pas au collège Stanislas mais part comme pensionnaire aux Roches en Normandie, une école pour les enfants de la bonne société, aux méthodes pédagogiques d’avant garde pour l’époque (on se souvient que Georges Chenest y a fait ses études). Marguerite a organisé l’admission de Bernard. Raymond est sceptique,  Elisabeth tente de le convaincre de ce choix.

Le principal intéressé, lui, a du mal à s’acclimater à la vie de groupe, à supporter l’humidité normande et doit apprendre à gérer les questions matérielles. Il multiplie les demandes à sa famille. Mais cela ne l’empêche pas de disserter, avec un bel aplomb pour un jeune homme de 15 ans, sur la situation géopolitique du moment. (Publié le 26 septembre 2018)

14 juillet 1917, le défilé des drapeaux

14 juillet 1917, le défilé des drapeaux

Pour maintenir ou ranimer la flamme patriotique on organise, pour ce 14 juillet 1917, un défilé des drapeaux des régiments décorés. Ces « loques glorieuses » sont promenées dans Paris et André se félicite des quelques jours loin du front qu’elles vont offrir à leurs porteurs.
Le front, lui, semble calme, les nouvelles de l’étranger: Russie, Etats-Unis et Grèce sont bonnes; Raymond, habituellement si pessimiste, ne se soucie que du manque de tabac et du voyage solitaire d’Elisabeth en train pour les rejoindre à Saint Gervais…
Mais le premier anniversaire de la mort de François approche…
(Publié le 15 septembre 2018)

Liquidation ordonnée de la maison Carré de Malberg au Canal Wolxheim

Liquidation ordonnée de la maison Carré de Malberg au Canal Wolxheim

Comme le craignait Marie Carré de Malberg, l’annonce de la liquidation des meubles de la maison de famille en Alsace, est parvenue jusqu’en Bretagne… Raymond désabusé renvoie dos à dos les uns et les autres: « il est dur pour vous d’être placés entre la férocité des Allemands et la nullité des Français ».
Eugénie Gürling, elle,  fait part de ses mésaventures à l’usine d’obus et espère sans doute, en racontant les dangers qu’elle court, convaincre la famille Carré de Malberg de la prendre à leur service. (Publié le 18 février 2018)