Chronique d’une fin d’hiver sur le front Alsacien

Chronique d’une fin d’hiver sur le front Alsacien

Il faut remplacer les morts, alors François Carré de Malberg monte vite en grade… Les sensibilités s’émoussent au contact des horreurs. La puissance de feu démembre les corps comme les maisons. Les descriptions se font plus précises.  On enterre  et on s’enterre, conscients d’être des cadavres en sursis, « devant ces pauvres diables qui dorment là de leur ultime sommeil. Je ne les connais pas mais je les vois jeunes ou vieux, pleins de vie comme moi, des espoirs en tête, fauchés brutalement en cette farouche matinée… »

Têtes de pipe

Têtes de pipe

Elisabeth Carré de Malberg a envoyé à son cousin François une carte la montrant entourée de l’équipe médicale de son ambulance (voir: « variations discrètes de place », 11 décembre 1914). Le 15 janvier 1915, il lui envoie ces « têtes de pipe » accompagnées d’une longue lettre qui nous semble assez remarquable. Il y a quelques années, nous l’avons piochée au hasard dans la valise contenant tous ces courriers et c’est elle qui, alors, nous a donné envie d’entreprendre cette publication. On y voit toute les qualités littéraires et humaines de François. C’est un jeune homme (il n’a que 23 ans…) encore enfant quand il pense à Noël  et pourtant déjà soldat pris sous le feu des canons. Quelques jours plus tard Elisabeth lui répond…

La lettre perdue

La lettre perdue

Une lettre envoyée à l’ambulance s’est perdue. Odile et Elisabeth Carré de Malberg, les deux cousines, sont inquiètes. Elles risquent d’être compromises, et leurs amours dévoilées. Un siècle plus tard, ce sont ces courriers qui nous ont permis de comprendre les noms de codes (tirés du Tasse) et les subterfuges  (les petits papiers glissés dans les doublures des enveloppes).

Variations discrètes de places…

Variations discrètes de places…

Le 11 Décembre 1914 Elisabeth Carré de Malberg envoie deux cartes postales: l’une à François Carré de Malberg son cousin, et l’autre à Jean Chenest, un des frères de Pierre. Sur ces deux cartes le corps médical de l’ambulance du Lycée Malherbe de Caen. J’ai mis un moment à m’apercevoir que ces deux cartes n’étaient pas les mêmes… Elles marquent, par un jeu subtil de positions, l’entrée  dans cette conversation des absents d’un jeune médecin: André Jacquelin.

Le temps ne passe pas vite

Le temps ne passe pas vite

La composition de la population de blessés accueillis à l’ambulance du Lycée Malherbe de Caen, est révélatrice de la situation sur le front, tandis que la lecture des correspondances des prisonniers allemands par Paul-Louis Wenger semble donner des informations sur le moral des troupes du Kaiser. Raymond Carré de Malberg s’inquiète de l’état du Canal : des informations contradictoires circulent sur d’éventuels pillages et l’apparition du typhus dans les environs. A Nancy, comme sur le front, ce sont les premiers grands froids.

Roulé par une marmite

Roulé par une marmite

Odile continue à envoyer des nouvelles de Pierre Chenest à sa cousine : Pierre a été roulé par une marmite. Les blessés sont rarement envoyés à Paris. Cette pratique continuera jusqu’à la fin de la guerre, pour empêcher que la propagande soit contredite ou que les idées pacifistes ne se répandent.  Pourtant, une nuit on sonne chez Madame Chenest…

Ruses de guerre

Ruses de guerre

Si la famille Carré de Malberg s’inquiète pour son héros François, Elisabeth a un autre sujet de préoccupation: Pierre Chenest. Cet amour (qui ne semble que peu partagé) doit rester secret et elle développe, avec sa cousine Odile, toute une série de ruses pour échanger des informations.