Août, convalescence prolongée…

André passe devant la commission de prolongation des convalescences et obtient 15 jours de plus de repos. Il est ravi d’autant que les nouvelles du front sont excellentes « Les Allemands sont en train de recevoir une pile de première grandeur » écrit-il. Il annonce à sa mère, qu’ Elisabeth et lui, prolongent leur séjour à Saint Gervais… (Publié le 9 novembre 2018)

Elisabeth et André Jacquelin, Flégère, août 1918. Elisabeth et André Jacquelin, Flégère, août 1918.

Lettre de Caroline Jacquelin à Elisabeth Carré de Malberg, 3 août 1918.

Nous avons assisté à la messe que Mme Jacquelin a fait dire pour son pauvre Jean, son chagrin faisait peine à voir

Ma chère Elisabeth

J’ai reçu avec plaisir votre gentille lettre ; il y a aujourd’hui un mois que nous assistions à votre mariage, comme le temps passe ; aujourd’hui le tonnerre gronde, il faisait très chaud tous ces jours-ci. J’espère qu’André a bien reçu toutes mes lettres où je lui parle des valeurs à rapporter. J’ai encore touché ce mois-ci la délégation d’André ; cela fait 2 mois que je vous remettrai ? Il vaut mieux pour le moment qu’elle arrive ici jusqu’à ce que vous soyez installés d’une façon stable.

Nous avons assisté à la messe que Mme Jacquelin a fait dire pour son pauvre Jean, son chagrin faisait peine à voir ; elle va partir à Caen lundi, cela la changera un peu. Le Sergent Aussonaud lui a écrit qu’il viendrait la voir à la fin du mois.

André m’écrit que vous pensez arriver à St Germain le samedi 10. Vous auriez donc 5 jours à rester à St Germain et je me fais une grande joie de votre séjour à la maison. Mme Papillon part ce soir à Lyon pour voir son fils ; elle a eu de bonnes nouvelles, il n’est pas si grièvement blessé qu’elle le craignait. Elle sera de retour la semaine prochaine.

Je vous quitte ma chère Elisabeth en vous embrassant de tout mon cœur ainsi qu’André.

Mon meilleur souvenir à vos parents

Votre Maman

C. Jacquelin

André me parle dans sa dernière lettre du prédicateur missionnaire aux Indes et du sort malheureux des femmes Indiennes. Cette œuvre doit être la même que celle des prêtres de St François de Sales dont il est parlé dans la vie de Madame Carré de Malberg[1]

[1] Caroline Carré de Malberg, née Caroline Barbe Colchen le 8 avril 1829 à Metz, morte le 28 janvier 1891 à Lorry-lès-Metz, est la fondatrice avec l’abbé Henri Chaumont de la société des filles de St François de Sales et de sa branche missionnaire les Salésiennes missionnaires de Marie Immaculée. Le procès en béatification de Caroline Carré de Malberg est en cours depuis janvier 2009 ; le 10 mai 2014, par un décret reconnaissant ses « vertus héroïques » elle a été déclarée vénérable.

 

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 4 août 1918.

Foch va être sûrement proclamé Maréchal de France…
Et Roger, que devient-il ?…

Ma chère petite mère,

Je t’envoie cette lettre d’Annecy comme tu as dû le voir sur l’enveloppe ; je viens d’arriver dans cette ville ce soir à 21 heures pour me présenter demain matin à 9 heures devant la commission des Prolongations de convalescence.

Je ne nourris aucun espoir exagéré sur le résultat de cette tentative, mais puisque tous les convalescents la font en général je m’en serais voulu de ne pas le faire moi-même, d’autant plus que, comme tu as dû t’en apercevoir à Dijon j’étais alors très fatigué ; cette fatigue est maintenant complètement disparue, mais qui sait si elle ne pourrait pas reparaître à la suite d’une reprise trop hâtive de mes travaux ?

Quoiqu’il en soit je te ferai savoir demain le résultat obtenu à la fin de cette lettre… Ce soir je tenais seulement à la commencer. Il est bien tôt en effet pour que je me couche… Je suis descendu cette fois à l’Hôtel des Voyageurs où il ne restait plus qu’une chambre à deux lits, que l’on vient de me céder pour le prix d’une chambre à 1 lit, soit 5frs, ce qui n’est pas exagéré car cet hôtel situé dans la principale rue qui mène au lac a une très convenable apparence. J’ai été amené par un commandant avec qui j’ai lié connaissance dans le train et qui connaissait bien cet hôtel pour son confort et ses prix modérés.

Me voici donc loin de ma pauvre petite Elisabeth, et c’est, ma foi, notre première séparation ; heureusement celle-ci sera de courte durée puisque j’espère être de retour à St Gervais demain soir, et nous n’en éprouverons qu’un bonheur plus grand à nous retrouver l’un près de l’autre ; en effet, quoique je ne t’en aie rien dit tous ces jours-ci notre union est toujours parfaite ; je constate même qu’elle s’affine et s’approfondit davantage et qu’en nous connaissant de plus en plus intimement, nous nous apprécions et nous aimons aussi de mieux en mieux ; c’est donc un bonheur complet qui s’épanouit en nous pendant cette période si favorisée de notre vie, un bonheur dont nous nous souviendrons plus tard et qui peut-être ne pourra jamais être dépassé.

J’ai reçu hier ta bonne petite carte qui m’avertit d’apporter l’obligation du Penneroya. Je ne manquerai pas à cette recommandation. Mais pour le contrat je ne sais pas s’il sera prêt, car l’expédition a été très retardée par l’Enregistrement qui est dans la nécessité d’appliquer une nouvelle loi ; celle-ci élèvera, hélas, considérablement la dime déjà si forte que l’Etat s’adjuge sur nos pauvres deniers. Enfin, il faut accepter tout cela…

Je n’oublierai pas non plus ma Foncière.

Et demain je tâcherai de m’informer si le Crédit Lyonnais ou la Société Générale d’Annecy ne pourraient pas accepter le Dépôt de mes titres ; c’est sur le conseil de mon beau-père que je vais faire cette demande, et je reconnais la prudence de ce conseil. On ne sait jamais en effet ce qui peut advenir de Paris, soit pendant, soit après la guerre…

As-tu lu les bonnes nouvelles du Front ? Les Allemands sont en train de recevoir une pile de première grandeur et nos affaires prennent vraiment très bonne tournure : Foch va être sûrement proclamé Maréchal de France…
Et Roger, que devient-il ?…

Je viens d’obtenir 15 jours !!! ce qui porte au 1er septembre la fin de ma convale. Que dois-je faire dans ces conditions, ma chère Maman ?
Je t’embrasse bien fort

André

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 6 août 1918.

Mais le gros ennui que je ressens à cette perspective c’est bien, ma chère Maman, de ne pas me trouver auprès de toi pour le 15 août, jour de mon anniversaire de naissance.

Ma chère petite mère,

Comme a dû déjà te l’annoncer la lettre que j’ai mise à la poste hier en gare de la Roche sur Forron au cours de mon voyage de retour d’Annecy, je suis allé me présenter devant la commission de prolongation de convalescence et bien m’en a pris puisque cette démarche a été couronnée de succès et me vaut 15 jours de repos supplémentaires.

Mais voilà la reprise de mon service reportée au 1er septembre et, ainsi que je te le disais hier, de nouvelles possibilités me sont ouvertes du fait de cette aubaine inespérée : c’est ainsi que, sur la très cordiale et très charmante insistance de mes beaux-parents qui nous ont assuré, à Elisabeth et à moi, que la prolongation de notre séjour les réjouirait entièrement, je me suis demandé si effectivement nous n’allions pas rester ici plus longtemps, ce qui ne peut en surplus que nous faire beaucoup de bien.

Mais le gros ennui que je ressens à cette perspective c’est bien, ma chère Maman, de ne pas me trouver auprès de toi pour le 15 août, jour de mon anniversaire de naissance. Et si St Gervais ne s’était pas trouvé si loin de St Germain, je n’aurais certainement pas résisté à la tentation d’aller t’embrasser ce jour-là… Mais avec la longueur de trajet, il ne faut malheureusement pas songer à cela ; aussi je suis très triste à l’idée de ne pas te réconforter de toute mon affection le jour de cette fête, et je voudrais que tu me dises bien sincèrement si toi-même tu ne seras pas affligée de ne pas m’avoir le jour que tu escomptait…

Si tu n’y voyais aucun inconvénient je songe donc que nous pourrions rester ici avec Elisabeth jusqu’aux environs du 20 ou 22 et nous ainsi 8 ou 10 jours à passer près de toi, jusqu’à la fin du mois.

Nous trouvons en effet ici, avec le meilleur accueil de mes beaux-parents des conditions idéales de santé et de bonheur, et je sens qu’Elisabeth a très besoin de ce bon air, d’autant plus besoin que les premières fatigues de sa vie nouvelle la mettent dans cette période un peu critique et dangereuse que traversent toutes les jeunes femmes.

Notre installation est ici parfaite, et en dehors des promenades, j’ai beaucoup de temps et de facilités pour travailler.

Donc, ma chère petite mère, notre séjour ici dépendra essentiellement et uniquement de ce que tu m’écriras ; mais sois bien certaine que de loin comme de près tes deux enfants t’affectionnent de tout leur cœur ; Elisabeth a bien reçu ton excellente lettre ; elle se joint à moi pour t’embrasser bien fort

André

 

 

 

 

 

Carte d’Odile Carré de Malberg à Elisabeth Carré de Malberg, 7 août 1918.

Carte d'Odile Carré de Malberg à Elisabeth Carré de Malberg, 7 août 1918, recto. Carte d’Odile Carré de Malberg à Elisabeth Carré de Malberg, 7 août 1918, recto.

J’ai appris par elle que Paul-Louis était blessé d’éclats d’obus à l’épaule et au mollet et qu’il est très bien soigné, tant mieux.

Ma chère Elisabeth,

J’ai été excessivement touchée de ton affectueux souvenir et t’en remercie de tout cœur. Je t’en envoie un à mon tour de Hautecombe où j’ai passé hier l’après-midi. Le matin j’ai été voir ta Grand-Mère qui m’a paru en aussi bonne santé que possible, son appartement est vraiment très agréable et très gai. J’ai appris par elle que Paul-Louis[1] était blessé d’éclats d’obus à l’épaule et au mollet et qu’il est très bien soigné, tant mieux. Je suis heureuse de savoir que ses blessures ne sont pas plus graves, mais pourra-t-on lui envoyer de la nourriture ? C’est une charmante excursion que nous avons faite hier en bateau, nous avons visité l’abbaye conduit par un moine cistercien, les statues de marbre de la chapelle sont absolument admirables de grâce et de beauté. Je crois que Bernard aura été vivement intéressé ! Je reste ici jusqu’à dimanche j’espère. Et toi, quand quittes-tu St Gervais ? Je pense que tu as excursionné avec ton mari et que tu lui as montré les splendeurs du pays. Merci à lui de son souvenir, je lui envoie le mien bien affectueux et à toi mes tendres baisers. Ta cousine Odile

[1] Alias Bob Fabars, fait prisonnier et soigné par les Allemands.

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 15 août 1915.

Ma chère bonne mère,

Voici donc arrivé mon anniversaire, et puisque nous n’avons pas encore cette année le bonheur d’y être réunis, je ne peux que t’écrire mon affection et ma tendresse. Mais toutes deux sont si profondes toujours malgré la séparation et l’éloignement que je suis certain que tu les sentiras quand-même.

En ce jour qui marque le commencement de ma 27ème année, je songe à toute ma jeunesse, à toutes ces années où j’ai grandi et où je suis resté près de toi et de Papa ; pendant tout ce temps et si loin que mon souvenir puisse remonter son cours, je sens et je retrouve la douceur, la bonté de ton cœur maternel.

Mes années de collégien, nos voyages, nos vacances, et puis ensuite les années de mes études à Paris pendant lesquelles forcément j’ai vécu un peu moins près de toi, et puis la mort de Papa et puis, bien peu de temps après notre séparation à la suite de la guerre ; tout cela, j’y songe, c’est ma jeunesse.

Maintenant me voici à la tête d’un foyer que je viens d’établir et c’est le grand changement de ma vie et la différence de cette année qui commence d’avec toutes celles qui l’ont précédée ; mais appuyé sur l’amour d’Elisabeth, aidé et soutenu par lui, je regarde avec confiance vers l’avenir et j’espère que les mystérieuses alternatives du Destin ne nous éprouverons pas trop lourdement, quoique le fait de fonder une famille soit souvent malheureusement une occasion d’épreuves ; mais la vie précisément consiste à subir ces épreuves et à y conserver sa force morale et ses aspirations élevées ; et c’est pourquoi je mets ma confiance dans le temps qui vient.

C’est donc aujourd’hui mon anniversaire et Elisabeth avait cherché conformément à tes recommandations un Hortensia mais elle n’a pu en trouver à St Gervais et force lui a été de se contenter d’un bouquet, d’ailleurs fort joli et qui a été pour moi une heureuse surprise, car je ne croyais pas qu’Elisabeth y eût pensé ; en effet figure-toi qu’elle vient d’avoir un peu d’embarras gastrique et que cette petite crise qui d’ailleurs a été assez légère et commence à décroître, n’en a pas moins atténué un peu notre joie d’aujourd’hui.

Pourtant, comme je viens de te le dire, cela n’est absolument rien et ne constitue qu’une indisposition à peine plus forte que celle qui m’avait moi-même atteint il y a un mois.

C’est au retour de notre excursion, hier, que j’ai trouvé Elisabeth souffrante ; elle avait eu deux vomissements dans la journée ce qui l’avait obligée à la diète. Par contre elle a bien dormi cette nuit et ce matin elle se sent mieux quoique courbaturée et lasse. Je suis donc allé seul à la messe et c’est en rentrant qu’Elisabeth m’a donné son bouquet.

J’espère donc que tout cela ne sera rien. Quant à notre promenade annoncée dans ma dernière lettre, elle s’est complètement bien effectuée et je te la raconterai plus longuement demain ou après-demain.

T’ai-je dit qu’un des oncles d’Elisabeth nos donne comme cadeau 150fr de rente française ! Cela représente 2500fr pour achat d’une salle à manger.
Je vais te quitter pour faire partir ma lettre par le courrier tout proche.
Elisabeth se joint à moi pour t’embrasser bien fort

André

P.S. J’ai bien trouvé en rentrant hier ta bonne lettre avec tous ses souhaits. Merci de tout cœur.

 

 

 

 

 

Lettre d’André Jacquelin à Caroline Jacquelin, 17 août 1918.

Il ne lui reste plus que quelques nausées, ce qui joint à certains autres symptômes me fais soupçonner la probabilité d’un diagnostic dont tu dois te douter aussi ; mais comme il y a là aucune certitude encore, je te parle, ma chère maman de cela sous toutes réserves et en te priant aussi de le conserver absolument secret.

Ma chère Maman,

J’ai bien reçu hier ta lettre qui contenait celle de ma tante Jeanne[1] celle-ci me remercie des différentes lettres de sympathie que je lui avais écrites à l’occasion des dures circonstances qu’elle a traversées et où je lui disais toute la part que je prenais à ses peines.

Elle m’a répondu qu’elle allait partir pour Clécy rejoindre sa belle-sœur et qu’en attendant elle se trouvait auprès d’amies qui atténuaient par leurs prévenances en peu de sa tristesse. Elle ajoutait qu’elle regrette de ne pas rentrer à St Germain assez tôt pour nous y voir Elisabeth et moi ; mais peut-être avec la prolongation que j’ai obtenue nous rencontrerons nous quand même.

Ma dernière lettre du 15 a dû t’avertir de l’indisposition qu’avait subi Elisabeth. Ce n’était effectivement qu’une indisposition, et le mieux que je t’annonçais déjà le 15 s’est poursuivi et accentué hier et aujourd’hui.

Il ne lui reste plus que quelques nausées, état qui d’ailleurs avait précédé l’embarras gastrique du 14, et qui joint à certains autres symptômes me fais soupçonner la probabilité d’un diagnostic dont tu dois te douter aussi ; mais comme il y a là aucune certitude encore, je te parle, ma chère maman de cela sous toutes réserves et en te priant aussi de le conserver absolument secret ; je n’ai même pas dit à Elisabeth que je t’en parlais – mais je tiens à te faire part déjà de ma supposition pour t’associer à mon espérance et également pour que tu ne croies pas Elisabeth réellement malade ; simplement je la crois dans un état qui justifie ces petits troubles.

Dans ma dernière lettre je t’avais promis de te raconter un peu la splendide promenade que j’ai faite en compagnie de mon beau-père et de Bernard.

Nous sommes allés prendre le train qui nous a conduit à Servoz, et de là nous sommes montés en 5 heures à l’Hôtel du col d’Anterne que nous avons atteint vers 6h du soir (étant partis à 1 heure)

Après avoir annoncé que nous y dinerions et coucherions nous avons poussé jusque au col, haut de 2400m (400m environ au dessus de l’Hôtel.)

De là nous avons joui d’une vue que je n’oublierai probablement jamais sur tout le massif fu Mont Blanc et les aiguilles ; nous étions séparés de cette chaîne splendide par une hauteur sombre qui en cachait la base, mais laissait voir au-dessus d’elle la masse des neiges dorées par le soleil couchant et les silhouettes légères des aiguilles dont certaines devinrent presque franchement rouges quand le rayonnement du soir fut parvenu à son maximum. Et le vent qui soufflait sur ce col, malgré le beau temps était si froid que nous dûmes revêtir nos pèlerines ; à vrai dire il y avait au ciel des nuages, mais ils laissaient découverte la plus grande partie des montagnes et d’autre part leur couleur était si belle qu’on ne pouvait que se réjouir de les voir dans le paysage ; et ils contribuaient encore à faire plus aériennes, plus détachées en plein ciel, les grandes cimes.

Il était presque nuit quand nous sommes redescendus à l’Hôtel, – vrai chalet alpestre où nous avons pourtant absorbé un dîner convenable ; heureusement nous nous étions munis de pain car le chalet n’en possédait pas. Nous nous sommes ensuite couchés en de très bons lits, couverts de peaux de mouton, car les nuits restent constamment froide à ces hauteurs.

Et le lendemain, à 5 heures nous étions sur pieds pour nous acheminer vers le Brevent[2], le long d’une très belle gorge pourvu d’ailleurs d’un excellent chemin muletier ; en le suivant, nous pûmes admirer entre autres fleurs de nombreuses variétés de gentianes . J’en avais cueilli à ton intention quelques exemplaires, mais ils se sont fanés et je ne t’en envoie que deux dans cette lettre.

Et de Brevent nous sommes allés à la Flégère. (Entre les deux nous avons déjeuné dans un alpage où coulait une source). Et nous sommes redescendus à Chamonix pour y prendre à 17h le train de St Gervais.

Telle a été cette belle excursion.

Je te quitte, ma chère maman, en t’embrassant de tout mon cœur, notre arrivée dépendra de la carte d’Aviragnet, que j’attends toujours ; elle se fera soit le 23, soit le 24.

[1] La mère de Jean Jacquelin
[2] Le Brévent est un sommet situé à l’extrémité méridionale des Aiguilles Rouges.

 

 

 

 

 

Lettre d’Elisabeth Carré de Malberg à Marguerite et Raymond Carré de Malberg, 27 août 1918.

Mais quelle province que ce St Germain, on se croirait à 300 km de Paris. La maison ou plutôt l’appartement de ma belle-mère est « heimlich » au possible, je me crois tout le temps dans l’une des vieilles maisons du Canal, chez les Grass ou les Faës, ou même chez Mr Hirt à Würth.

Mes chers Parents,

J’espère que notre télégramme d’hier matin est rapidement arrivé à St Gervais, plus rapidement que celui que nous avons envoyé à Mme Jacquelin n’est parvenu à St Germain… On a vu en effet n’apparaître celui-ci que 2 h. après notre arrivée dimanche soir !

Nous avons donc fait très bon voyage, rafraîchis par le fort orage que nous avons rencontré à la Roche, et maîtres à partir d’Aix du compartiment, nos deux compagnons de voyage ayant donné la préférence à un « sleeping ». Nous avons ainsi pu nous étendre et dormir…

Arrivée à Paris à 10h1/2 précises, recherche laborieuse des bagages, déjeuner chez Gruber et départ en taxi pour mener les bagages à St Lazare et av. Hoche. Là j’ai pu défaire un peu ma malle et préparer, pour que le concierge en fasse l’expédition, les différents objets demandés par Bernard. Tout était bien en ordre dans l’appartement, mais la maison est maintenant tout à fait vide : le Docteur Glomer[1] et Berthe elle-même sont partis. On dit pourtant que beaucoup de Parisiens commencent à rentrer…   – à la gare de Lyon c’était très visible – et la bonne nouvelle concierge du 9 m’a annoncé que l’on sera chauffé à fond cet hiver ; la moitié de la provision de charbon nécessaire à l’immeuble est déjà en cave, la seconde moitié le sera cette semaine.
J’ai pu faire les visites projetées rue de Bassano, av. Marceau, porte Maillot, av de Wagram, place de Villiers, mais contrairement à ce que je croyais je n’ai trouvé personne Faubourg St Honoré. J’irai à Auteuil et à Passy incessamment.

Enfin arrivée à St Germain à la fin de l’après-midi. N’ayant pas reçu notre télégramme, on ne nous attendait plus… Mais néanmoins l’accueil de Mme Jacquelin a été bien gentil ; Henri et Esther étaient justement chez elle et la question de la nomination à Versailles a pu être de suite étudiée. Sur les conseils de sont frère, André a été dès hier à Paris mais le docteur Besançon est en permission jusqu’à lundi et au service de santé, André a appris que, bien qu’ayant absolument droit comme étudiant de la fac de Méd. de Paris à être attaché à la région parisienne, il doit se présenter non pas à Versailles, mais à Rouen… Cet après-midi, il va voir le Dr Lenoir qui, très près du Gal Février, lui a offert d’appuyer sa demande de rattachement à Paris pour que les paperasseries se fassent plus vite. J’attends son retour en vous écrivant.

Quel temps avez-vous à St Gervais ? Ici il fait très nuageux et l’on a presque frais, ce que je ne regrette pas pour notre ré-acclimatation en plaine. J’espère que Papa va mieux et que les indispositions ne se renouvelleront plus sur Rosay. Moi, je suis toujours aussi patraque, et cela me gâte mon séjour ici comme celui de St Gervais. Je n’ai encore fait qu’une sortie pour aller jusqu’à la terrasse, d’où la vue était bien jolie et toute claire. Mais quelle province que ce St Germain, on se croirait à 300 km de Paris. La maison ou plutôt l’appartement de ma belle-mère est « heimlich » au possible, je me crois tout le temps dans l’une des vieilles maisons du Canal, chez les Grass ou les Faës, ou même chez Mr Hirt à Würth.
Je voudrais savoir si les Felix sont avec vous et je souhaite vraiment que leur séjour à St Gervais se prolonge un peu au-delà de ce qu’ils avaient annoncé. Dites-leur toutes mes affections, ainsi qu’à la bonne Tatane et écrivez-moi ce que vous faites…

Je vous embrasse bien tendrement mon cher Papa et ma chère Maman, bons baisers aussi au Piplot[2] et puisque la victoire s’accentue et que les Britanniques eux-mêmes remportent des succès, j’espère votre retour à Paris en octobre. Dimanche j’ai retrouvé l’appartement de l’av. Hoche encore plus charmant que mon souvenir… Votre fille affectionnée

Elisabeth

[1] Nom peu lisible
[2] Bernard Carré de Malberg

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *