1916, Récit d’une Année

Longtemps après la fin de la guerre, André Jacquelin a raconté dans un texte inédit sa vie et sa relation avec Elisabeth Carré de Malberg. On possède deux versions de ce manuscrit. Il nous parait judicieux ici d’en donner un extrait, quittant pour une fois l’ordre strictement chronologique des courriers, pour prendre le recul du temps. André y raconte ce qu’il ne disait pas, ce qu’il ne pouvait pas dire dans ses lettres à sa future fiancée et à fortiori dans celles envoyées à sa mère Caroline Jacquelin…

François Carré de Malberg, la lettre retrouvée.

François Carré de Malberg, la lettre retrouvée.

En Décembre 1916, sans doute en rangeant  les affaires de leur fils, Hélène et Félix Carré de Malberg trouvent une lettre cachée dans le sous-main du bureau de François. On peut aisément imaginer leur émotion à la lecture de ce courrier, près de cinq mois après la mort de leur fils.

Pour nous, le contraste entre ce texte et l’image que ses parents ont  voulu donner de lui dans son « Memento » est d’autant plus violent.

Eugénie Gürling, bateau le Jeune Abel, écluse N°28, Toul

Eugénie Gürling, bateau le Jeune Abel, écluse N°28, Toul

On ne sait pas comment Elisabeth Carré de Malberg a croisé la vie d’Eugénie Gürling. Entre septembre 1915 et la fin de la guerre, une dizaine de  lettres d’Eugénie racontent les bouleversements de sa vie. Ces lettres témoignent de son affection pour Elisabeth et  de l’espoir qu’elle a de pouvoir un jour travailler pour elle ou pour ses parents. En attendant,  elle habite sur la péniche familiale bloquée sur le canal de la Marne au Rhin et elle est embauchée à l’usine de munitions de Foug… (Mise en ligne 1er Mai 2016)

Jean Jacquelin incorporé

Jean Jacquelin incorporé

Après bien des difficultés, Jean Jacquelin est enfin accepté par le conseil de révision, sans doute moins regardant sur les qualités physiques des candidats après 2 ans de guerre et les saignées de Verdun et de la Somme… Il fait ses classes à Nevers avant de rejoindre le front, sans doute dans la Somme. Toujours assez fanfaron, il se vante de son endurance et de ses exploits.  Une manière de répondre aux inquiétudes d’André qui, connaissant la réalité des combats, redoutait pour lui l’épreuve du front et qui avait tenté, en vain,  de lui faire abandonner ses projets militaires. (Mise en ligne, 22 janvier 2017)

Où est enterré François?

Où est enterré François?

La plupart des officiers du bataillon que connaissait Félix Carré de Malberg et qui ont quitté les Vosges pour venir se battre dans la Somme ont disparu.  Cependant certains compagnons répondant à la demande du père de François, témoignent de ses derniers instants. La tombe est précisément située. Ses affaires personnelles sont rendues à sa famille. La guerre continue. (Mise en ligne 9 janvier 2016)

Votre fils a été tué ce matin à 10h.

Votre fils a été tué ce matin à 10h.

François est mort le 16 août 1916. Une lettre du commandant Pichot Duclos averti la famille le 25 août. Au fil des courriers, l’onde de choc de la nouvelle se propage, les circonstances de sa mort se précisent. Le discours officiel bien rodé chante  la gloire du héros. Le contraste est terrible avec la sincérité de la détresse d’Elisabeth. (Mise en ligne le 6 janvier 2016)

La Somme: Juillet-Août 1916. François dans la bataille.

La Somme: Juillet-Août 1916. François dans la bataille.

Si André profite d’un repos bien mérité après Verdun, le bataillon de François est engagé sur un autre terrain tout aussi terrible: la Somme. Cette bataille  fut l’une des  plus meurtrières de l’histoire, avec parmi les belligérants 1 060 000 victimes, dont environ 442 000 morts ou disparus en quatre mois et demi (entre le 1er juillet et le 18 novembre 1916…). Comme l’écrivait François, c’était tout simplement infernal et, en première ligne, sans grand espoir d’y survivre. (Mise en ligne le 2 Janvier 2016)

Un répit, Juillet 16

Un répit, Juillet 16

Elisabeth carré de Malberg est en vacances comme tous les ans dans les Alpes à Saint Gervais. Cela fait 15 mois qu’ elle est séparée d’André Jacquelin. Ils jouent de malchance, et ne peuvent arriver à se voir pendant ses trop rares permissions  (une tous les six mois…). Mais elle est soulagée, il a quitté Verdun, il est  au repos, dans les environs de Reims.
Comme au plus fort de la bataille, le ton des lettres d’André reste très différent
selon qu’il s’adresse à  Caroline Jacquelin ou à  Elisabeth Carré de Malberg. Si une atmosphère de conte berce le récit qu’il fait à sa mère de sa visite à l’Abbaye d’Igny,  le printemps et les coquelicots ne peuvent lui faire oublier, dans sa lettre de fin juillet à sa fiancée, les dizaines de milliers de morts qui l’entourent. (Mise en ligne le 1er Janvier 2016)